Rencontre avec Melanie de Biasio, qui donne souffle à l'art du vivant…

Rencontre avec Mélanie de Biasio, qui donne souffle à l’art du vivant…
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Rencontre avec Mélanie de Biasio, qui donne souffle à l’art du vivant… - © Jérôme Witz

Elle est devenue LA voix du jazz belge. Avec son nouveau disque " Lilies ", elle est nommée plusieurs fois aux " D6bels Music Awards ". Rendez-vous ce vendredi 26 janvier à 20h20 sur La Deux.

Depuis le succès de son album " No Deal ", elle brille et offre de jolis coups de projecteurs au jazz vocal dans notre pays.  Son nouveau disque, en bonne place dans notre Top anglophone 2017, fait l’unanimité pour sa densité et l’émotion intense qu’il procure.

Nous avons eu le privilège d’en discuter avec elle, entre passion et simplicité.

Quelles envies ont donné naissance à votre nouvel album "Lilies" ?

Apres "Blackened Cities", pièce longue, riche et instrumentale, j’ai voulu, en complémentarité, me replonger dans un  travail basé sur le souffle, la voix la bouche, cet endroit intime où tout prend sa source. Apres un voyage riche complexe, large, je voulais me rassembler et rassembler l’autre dans la bouche.

En fait, "Blackened Cities" est né du morceau "Gold junkies" qui lui était antérieur, qui lui est né en studio par accident. J’étais en répétition. Je les avais enregistrées  pour entendre où étaient les nœuds, les difficultés. Je le fais peu parce que j’ai toujours peur de figer la musique. Je veux cultiver l’art du vivant. "Blackened Cities" est né de cette démarche-là. Cela m’a touché et je me suis battu pour qu’il existe. Je suis heureuse qu’il ait été bien accueilli.

En m’offrant cette parenthèse, "Lilies" a pu se poser et s’incarner en moi. Je l’ai laissé de coté. Quand j’ai senti que j’étais arrivée a la fin d’un cycle de fraîcheur, il était temps de revenir vers "Lilies". J’avais besoin d’enregistrer sans que la maison de disque ne soit au courant. Savoir comment ma chair, mes mains, mon corps, mon souffle sonnent avec des petits moyens.

Cela nous fait penser au moment de mutisme forcé que vous avez vécu, il y a quelques temps, en étant complètement aphone. Que gardez-vous de cette expérience ?

C’était beau pour moi de le faire cette expérience-là. Quand on croit avoir perdu ce qui est le plus important. On sait qu’on va le récupérer à force de travail, mais la situation est intense.

J’étais pulsation, souffle, histoire, ne pas avoir de son permet de se demander ce qui est vivant en soi. Cela a éveillé en moi une porte. Comment donner de la présence à une note, à un souffle, à un frôlement ? J’ai adoré ce travail. Cette grande souffrance m’a sculptée.

Après l’enregistrement, vous revoici sur les routes avec un album qui a été très bien accueilli…

Le live et l’enregistrement sont deux démarches très différentes : l’enregistrement c’est comme une peinture. On écoute un disque comme on repasse devant le tableau et, à chaque fois, une nouvelle histoire se dessine. Ma dynamique est alors de savoir comment créer mon tableau tout en laissant de l’espace à l’autre pour qu’il se crée son histoire, son espace à lui en le regardant. J’enregistre beaucoup en une prise. Tout est organique, il n’y a pas de chirurgie, tout est vivant, direct. Souvent la première prise est la bonne.

Le live c’est créer un cadre suffisamment ferme pour qu’à l’intérieur tout puisse se réinventer continuellement. La musique ne peut pas se figer. On expérimente continuellement les bordures du cadre. Quel est ce cadre ?, Des mesures, des signes, un langage corporel ? Il doit permettre d’être encore poreux et créatif tout en dialoguant, en co-construisant en phase avec le présent.

Sur "Lilies", vous reprenez le magnifique "Afro Blue"…

J’adore ce standard, il est magnifique ! Il y a moyen de se l’approprier, d’en faire son histoire. C’est comme "I am gonna leave you". J’ai l’impression que cela devient mes morceaux. Ce sont des morceaux tellement fertiles qui m’accompagnent depuis que je suis gamine.

Vous avez acheté une maison dans laquelle peuvent se retrouver des artistes. Pourquoi ce choix?

Oui, j’ai acheté une grande maison pour accueillir d’autres artistes ou des gens qui se réinventent. J’ai voulu créer un foyer pour artiste qui veulent être en phase avec leur présent. Un lieu où l’on peut  avoir le courage de régresser pour pouvoir mieux avancer dans une autre posture. Un lieu pour des artistes en transition, un lieu pour accepter le vide, qui, en fait, est plein de possibilités. Accepter le vide est un moment clé dans l’art du vivant et mon rôle est de soutenir l’art du vivant.

Entretien : François Colinet

Retrouvez les dates de concerts sur le site de Mélanie De Biasio

 

Melanie De Biasio "Lilies" (PIAS)

Melanie De Biasio est nommée dans les catégories Album, Artiste solo féminin, Clip vidéo, Auteur-compositeurdes D6bels Music Awards qui seront remis le 26 janvier.