Natalie Merchant au Cirque Royal: l'infinie douceur avant la terreur

Natalie Merchant au Cirque Royal : l’infinie douceur avant la terreur
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Natalie Merchant au Cirque Royal : l’infinie douceur avant la terreur - © John Huba

L’ancienne chanteuse des 10,000 Maniacs a comblé six ans d’attente avec un partage musical délicat et sensible, qui fait tant de bien!

Réveil difficile mardi matin! Les nouvelles de ce monde sont à nouveau abominables et tristes. Comme souvent. Sauf que cette fois, notre ville est au centre de l’attaque. Pour beaucoup, l’angoisse prend donc logiquement le dessus.

Compliqué de prendre le temps d’écrire que la veille, nous avions passé un si beau moment. Et pourtant, l’envie de partager notre enthousiasme sera la plus forte. Parce que, comme le disait à la sortie un de nos amis : "Ça fait du bien, un vrai moment de beauté!". Il ne croyait pas si bien dire…

Un archet sur nos peines

La voix d’or Natalie Merchant fut au centre de notre toute première contribution à ces colonnes, il y aura bientôt six ans. Découverte au cœur de notre adolescence lors d’une visite à "Mon Oncle d’Amérique", son timbre fait partie de notre quintet magique (avec ceux de Camelia Jordana, Hindi Zahra, Melody Gardot et RoseMary Standley), de ceux qui nous font frissonner de la tête au pied.

Natalie n’a que 17 ans lorsque démarre l’aventure de 10,000 Maniacs, un des groupes phare de la scène universitaire des USA dans les années 80, que nous découvrons à rebours grâce à un "MTV Unplugged" retraçant leur carrière, sorti en 1993.

Les jolis cheveux gris marquent le passage du temps mais lui donnent aussi un air sage dans son ensemble noir presque trop austère. Le quatuor à cordes donne le ton d’une soirée soyeuse qui va s’animer juste au moment où l’on redoutait un récital trop lisse.

Alors qu’elle vient de sortir de nouvelles version de "Tigerlily", son premier disque solo, c’est bien dans l’ensemble de son œuvre qu’elle va puiser pour deux heures de complicité simples, oscillant entre cordes et ambiances bluesy.

Mind, Body and Soul

Avec "Equestrienne", elle donne un ton plus enjoué et rend hommage au cirque dans lequel elle se produit. Depuis le début, elle bouge les bras, laisse son corps mener la danse. Sa batteuse prend le cajon pour imprimer le rythme du "Carnival", l’accordéon sort de sa boite pour magnifier "Motherland", les larmes ne sont pas loin tellement c’est beau.

Quelques sarcasmes à l’adresse de Donald Trump, à qui elle dédie le percutant "Saint Judas". En rappel, elle revient une fois encore dans "Ophélia", pour nous le plus sublime de ses albums, pour proposer "Life is sweet" avant "Kind & Generous" comme deux pieds de nez magistraux à l’horreur qui allait advenir. "I tell you life is sweet. In spite of the Misery. There is so much more..."

La retrouver nous procure toujours des sensations aussi sublimes. Une artiste passionnante, une voix apaisante. Un délice à découvrir puis à partager…

 

François Colinet

Natalie Merchant, "Paradise is there/The New Tigerlily Recordings" (Nonesuch/Warner)