Jeanne Cherhal et son piano, duo charmant au Théâtre 140

Jeanne Cherhal et son piano, duo charmant au Théâtre 140
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Jeanne Cherhal et son piano, duo charmant au Théâtre 140 - © Franck Loriou

Simples et directes, les formules "solos" se multiplient ces dernières années. Recherche de proximité ou nécessité économique dans une industrie musicale qui ne peut plus compter sur les moyens financiers d’antan? Sans doute un peu des deux. Tout bénéfice pour le public, qui peut ainsi profiter au plus près des talents qu’il est venu applaudir.

Un beau piano à queue, trois jolies tenues, un rouge et généreux sourire, c’est tout ce qu’il faut pour déguster les "Histoires de J.", dernier album de la jolie, paru en 2014. Mais aussi une chouette sélection de ses chansons plus anciennes. Sans oublier quelques inédits, qui nous font espérer un nouveau disque à venir.

Un rendez-vous simple et intime avec de prenantes et parfois longues intros, l’exercice fait immédiatement penser au sublime "Sheller en solitaire", album référence de l’exercice du piano-voix francophone.

Bien qu’enrhumée, Jeanne n’a rien perdu de sa souplesse, enjambant allègrement son grand tabouret ou offrant une danse digne du music-hall en rappel, toute de paillettes vêtue. Au fil des chansons, elle nous offre surtout la poésie de son art, et de son âme, à la fois militant et amoureux.

Un cœur gros comme ça!

L’amour lui sert ainsi de colonne vertébrale. L’amour charnel qui brûle le corps ou celui que l’on attend toujours, alors que le cinglant "Quand c’est non, c’est non" rappelle avec puissance que sans consentement, il n’est plus que violence. L’amour toujours, l’amitié aussi. En donnant vie à Frederic le prisonnier ou à Noxolo, la Sud-Africaine assassinée parce qu’elle aimait une autre femme, elle met en voix les douleurs indicibles, les drames ignorés.

Un récital rempli aussi de touches légères, d’humour et de surprises, notamment lors de la présentation des techniciens qui l’accompagnent et qui ont droit à leur numéro spécial.

Ce fut délicieux et vivifiant. On avait oublié à quel point cette chère Jeanne a le talent d’humaniser avec intelligence les trajectoires singulières et de nous faire du bien! Une soirée qui donne envie de se blottir en espérant que "dans son cœur, en poussant un peu, reste encore une petite place…".

 

François Colinet

Jeanne Cherhal, "Histoire de J." (Universal)