Esperanzah!: les beaux lendemains qui chantent…

Esperanzah!: les beaux lendemains qui chantent…
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Esperanzah!: les beaux lendemains qui chantent… - © Gaetan Nadin

"Esperanzah!, toujours on y reviendra…", avions-nous écrit il y a quelques années. Après avoir manqué à contre cœur l’édition précédente, nous étions tout en joie de pénétrer à nouveau dans le décor somptueux de cette abbaye de Floreffe, théâtre depuis 2002 de ce mélange généreux entre les musiques, les énergies et les envies de tout ceux qui rêvent d’un autre monde.

Tomorrow Land!

Sur les trois scènes du festival, évidemment pas de Téléphone (dont trois membres font un come-back musico-médiatico lucratif en se faisant appeler "Les Insus"), mais bien une multitude de notes voyageuses entre exotisme, poésie et militance. C’est, en effet, ce qui fait battre le cœur d’Esperanzah! à 15 reprises déjà: trois jours pour se rencontrer, échanger, rêver, reprendre courage et faire la fête autour de découvertes musicales, portées par quelques têtes d’affiches.

Pour concocter cette recette, Jean-Yves Laffineur, directeur et programmateur, est un chef étoilé! Entre quelques dinosaures bon pied bon œil (Lee Scratch Perry, Calypso Rose, Patti Smith) et quelques nouvelles idoles des jeunes (Rone, BigFlo et Oli, Feder…), il réussit un grand écart qui sonne souvent juste.  Et qui démontre un impressionnant travail de défrichage. Chapeau bas pour le nombre d’artiste qu’il nous fait découvrir depuis tout ce temps!

Calypso Rose et Ala.Ni, dames de cœur!

Si le concert d’Emir Kusturica semble en avoir déçu plus d’un (nous n’avons eu que quelques échos, étant arrivés samedi), la prestation de Calypso Rose, 77 ans, a complètement fait chavirer les cœurs en fin d’après-midi. Connue jusqu’ici par un public de niche pour son calypso traditionnel, son dernier album, produit par un certain Manu Chao dont certains musiciens l’accompagnent, lui permet de ratisser plus large, en se transformant en intraitable machine à danser. Le public, tout heureux de cette formidable découverte, ne veut pas la laisser partir après une heure d’un concert grandiose, l’escortant même entre la scène et les coulisses. C’est aussi pour des découvertes comme celle-à que l’on vient à Esperanzah!

Dimanche, nous nous pourléchions les babines à l’idée d’enfin découvrir sur scène Ala.Ni, étoile montante du jazz old school dont la voix nous subjugue depuis quelques mois. Programmer ses compositions caressantes à 16h devant plusieurs milliers de curieux tenait du pari audacieux. Celui-ci s’est transformé en coup de maitre, grâce à une voix qui semble sortie des clubs des années 50 et à une harpe magique. Entre jazz et musicals, cette ancienne choriste de Mary J. Blige ou de Damon Albarn, qui a lancé sa carrière solo, a remporté la mise au-delà des espérances, osant même quelques vocalises hors micro qui s’entendaient jusqu’à la moitié de la cour! Elle a ensuite repris un titre de Richie Heavens, (l’auteur du légendaire "Freedom" de Woodstock) pour donner un côté plus rythmé à une prestation jusque-là plus soyeuse qu’endiablée. Elle terminera d’ailleurs en lévitation physiquement portée par une foule conquise, qui se précipita ensuite sur le stock de ses CDs en vente! Un bonheur, simplement…

Samedi soir, on a vu une moitié du concert de Manu Chao, donc l’énergie est toujours bluffante. Mais si le plaisir des premières minutes est toujours réel, l’ambiance grisante d’une foule qui se lâche et lève le poing, on retrouve rapidement un répertoire qui se ressemble et qui, faute de se renouveler, finira par ne plus suffire pour attirer les foules. Heureusement que la venue de BigFlo et Oli, les frangins en vogue du rap français avaient fait le plein avant lui pour la dernière escale de leur tournée.

On n’aura malheureusement pas eu l’occasion de voir ni Patti Smith, ni Saint Germain. Mais l’essentiel de notre plaisir à Esperanzah! est ailleurs. Celui de nous ressourcer dans une bulle bienveillante, pleine d’idées et de volonté pour dessiner ensemble de nouveaux horizons, chantée déjà au cœur des années septante par le Big Bazar : "Car le monde sera ce que tu le feras, plein d’amour de justice et de joie!".

Longue vie aux ondes revigorantes d’Esperanzah!

 

François Colinet