Esperanzah!: du soleil sur la tête et dans les cœurs !

Tout le week-end, le festival floreffois a fait le plein de bonnes vibrations sous un soleil réjouissant pour une 17è édition très réussie. Nous y étions vendredi et dimanche, morceaux choisis…

Les années passent ! On a peine à croire que c’est déjà la 17è édition, tellement l’enthousiasme des débuts nous remonte facilement en mémoire. C’est sans doute parce que, le temps d’un week-end, l’Abbaye de Floreffe se transforme en une sorte de sas intemporel, imperméable à l’usure des rides grâce à l’incroyable énergie qui s’en dégage.

Artistes de rue et bénévoles nous accueillent toujours avec le même sourire de ceux qui croient en un monde meilleur puisqu’ils le construisent brique après brique, chacun à son échelle. Si l’offre musicale est à nouveau audacieuse et variée, elle n’est que le point d’orgue de ces joyeuses retrouvailles des utopi(st)es aussi chaudes que colorées !

Direction l’Afrique de l’Ouest pour la première escale de ce vendredi avec la belgo-Camerounaise Lubiana dont le set acoustique nous avait fort séduit à Spa il y a quinze jours. Elle se présentait ici sur la scène Alpha, déjà bien investie par les curieux, dans une formule hybride entre la pureté de sa Kora et des arrangements plus pop. Les parties intimistes confirment notre enthousiasme entre ses jolies cordes vocales et celle du majestueux instrument. Par contre, les morceaux avec son groupe nous semblaient ne pas apporter grand-chose de neuf. Difficile équilibre pour une jeune fille qui essaie de combiner ses influences et ses envies, et à qui nous souhaitons le meilleur…

L’Afrique encore mais centrale celle-là pour notre rendez-vous de la soirée avec le phénomène Gaël Faye que nous avons rencontré il y a peu. Malgré le gigantisme de la scène Jardin et le couché progressif du soleil qui nous a empêché de bien profiter de sa danse frénétique, le moment fut délicieux ! Des textes ciselés pour en décupler la force, un sens inné de l’ambiance et du spectacle, un propos fort et sans détours et une grosse dose d’amour à partager, Gaël fait parfaitement honneur aux valeurs d’Esperanzah! et ses habitants éphémères ne s’y sont pas trompés. On n’est sans doute pas les seuls à avoir trouvé là notre chouchou de l’année !

Après quelques notes du Barcelona Gispsy balKan Orchestra pour les amateurs de voix percutantes et de violons tziganes, nous voilà devant le show hyper efficace de JAIN qui assure le spectacle seule sur scène entourée de lumières et de machines. Pour danser, sauter et faire la fête, la jeunette maîtrise et impressionne. Par contre, musicalement cela nous a paru assez froid et répétitif. Il faudra voir si son deuxième album, qui sort le 24 août, lui permettra de faire évoluer la recette de cette grande invitation à faire la fête.

De retour dimanche sous un soleil toujours aussi brillant où l’on est vite happé par la flûte traversière de Mélanie De Biasio. Il est audacieux de programmer son jazz cool et planant en plein après-midi mais le charme semble opérer pour une bonne partie du public prête à profiter d’une jolie sieste acoustique qui se dynamisera sur la fin du set. Mention spéciale pour la reprise du classique "Afro Blue", magnifiquement incarnée, très différente de la version de Lizz Wright, mais tout aussi jouissive. Signe à la fois des grands morceaux et des grandes interprètes !

On découvre ensuite pour la première fois sur scène le rock très soul (et vice versa) des français de Her. Duo rennais amputé de sa moitié suite au décès de Simon Carpentier, ce concert transpire d’une émotion particulière et d’un souffle impressionnant porté par une voix de velours. Autant de bonnes raison d’aller découvrir leur premier album sorti au printemps.

Cerise sur le savoureux gâteau de notre week-end, Grand corps malade fait face à une foule très compacte et enthousiaste venue écouter ses tranches de vies poétiques. Son sixième album "Plan B" sorti il y a quelques mois retrouve pour nous le niveau de ses deux premiers datant déjà d’une dizaine d’années et sert d’ossature à cette nouvelle tournée. Entre histoire de famille et plaidoyer pour l’esprit d’équipe dans un monde plus solidaire (notamment avec le poignant "Au feu rouge" évoquant la crise migratoire), il impressionne par la fulgurance de ses mots. La configuration festival n’est toutefois pas idéale pour en profiter à fond mais a permis au public de se déhancher. Pour une écoute plus attentive et retrouver de plus vieilles chansons, quasi absentes ce dimanche, il nous donne rendez-vous à l’automne, notamment le 21 octobre au festival des Libertés à Bruxelles.

Voilà déjà pour nous le clap de fin de notre escale estivale préférée, tellement ses vibrations sont bonnes à partager. Vivement l’année prochaine !

 

François Colinet