Da Silva: "Je ne vis que de l'œuvre de l'esprit!"

Da Silva: "Je ne vis que de l'œuvre de l'esprit!"
4 images
Da Silva: "Je ne vis que de l'œuvre de l'esprit!" - © Julien Mignot

Rencontre avec un touche-à-tout discret et prolifique. Il présentera de nouvelles versions de ses différents albums le 22 mars au Botanique à Bruxelles.

Auteur-compositeur, conteur d’histoires, pour lui et pour les autres, Da Silva a sorti "L’Aventure", un album à contre temps, rempli d’ambitions et d’émotions en grand. Une rencontre qui nous donne l’envie d’aller l’applaudir le 22 mars au Botanique.

Dans une industrie du disque qui amène souvent les artistes et les labels à compter leurs sous, vous proposez un album très fourni et ambitieux…

Mes premiers albums étaient en quatre pistes, totalement minimalistes mais, comme c’est devenu la mode, je me suis dit que j’allais prendre le contre-pied en enregistrant un album avec un orchestre de 40 musiciens, des cuivres, des cordes, des vents, etc. Comme les albums que l’on faisait autrefois, sans se demander si cela va coûter cher ou pas. Même si, évidemment, cela coûte très cher. Je voulais du baroque sur certains morceaux, des arrangements très seventies sur d’autres. J’ai mis trois ans à le faire alors que, d’habitude, j’en fais deux sur le même laps de temps. Je ne voulais pas faire un album de plus, mais un album important.

Comment allez-vous rendre compte de l’ambition de ce disque sur scène?

Je n’ai jamais voulu faire des concerts qui reproduisent exactement les albums, cela ne me fait pas rêver. A chaque fois, je pars en résidence pour faire une création ou je réinvente tous les titres. Cela ne m’intéresse pas de faire des versions du pauvre. Cela doit être encore plus intéressant que le disque pour le spectateur.

Votre single "La fille" vous permet de vous mettre dans la peau d’une femme. D’où vous est venue cette envie?

En 2018, les différences entre hommes et femmes restent très nombreuses: salaire, répartition des tâches ménagères, stéréotypes tenaces. Je trouve cela profondément débile mais ce qui est encore plus débile, c’est que les femmes soient durement jugées par rapport à leurs mœurs. Je trouve ça tellement dur, ce machisme terrifiant! Dans cette chanson, j’ai voulu être une fille qui s’en fout du regard des autres, avec ses choix et ses faiblesses, les choses qu’elle a à combler, notamment en passant de bras en bras si elle le souhaite. J’avais envie de dire à ces femmes: "Faites ce que vous voulez et, en plus, ne prenez pas la charge du jugement!".

Vous avez également consacré un titre à John McEnroe. Fan de tennis ou petite pointe de nostalgie?

J’aime le tennis, mais pas au point d’en faire une chanson. Par contre, John McEnroe est un champion mais qui n’est pas carré, qui montre ses émotions, qui n’est pas calibré pour gagner. Il était en haut de l’affiche, mais il était prêt à tout perdre pour assumer ses émotions. La stature du champion n’a pas réussi à le dresser. C’est comme le coup de boule de Zidane, à la fin de sa carrière, c’est l’humain qui reprend le dessus. Sans justifier la violence, je trouve cela fascinant!

Vous écrivez également beaucoup pour les autres (Soprano, Jenifer, Claire Denamur ,etc). Que vous apportent ces collaborations?

De l’argent pour rester libre et vivre de ma musique! Mes albums vont tellement à contresens de la mode actuelle que je n’ai pas le choix. J’ai beaucoup de plaisir à le faire parce qu’on rend les gens heureux. Ils ont envie de votre plume et de la partager. Mon travail résonne, c’est le regard des autres qui vous fait prendre conscience que vous êtes chouette!

Vous écrivez également des histoires pour les enfants…

Oui. C’est génial parce que si tu dois embarquer des adultes dans des histoires fantastiques, il faut déployer des moyens de dingues. Pour les enfants, il suffit de dire: "Il y a un petit nuage qui s’est coincé entre quatre montagnes". Ils ont un désintérêt pour le rationnel et un intérêt pour l’imaginaire. Nous, on doit se forcer pour faire ce switch qui nous amène à nous persuader, le fameux: "Oui j’y crois", cette candeur qui est si naturelle chez les enfants. Il y a des trucs tellement dingues en livre jeunesse aujourd’hui. C’est gratifiant d’en faire partie.

 

Entretien: François Colinet

Da Silva sera en concert le 22 mars au Botanique (Bruxelles)

 

Da Silva, "L'Aventure"