Avec "Nocturne", Girls in Hawaii entre dans la lumière! Entretien avec Antoine Wielemans

Avec "Nocturne", Girls in Hawaii entre dans la lumière! Entretien avec Antoine Wielemans
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Avec "Nocturne", Girls in Hawaii entre dans la lumière! Entretien avec Antoine Wielemans - © Olivier Donnet

Retour brillant pour le groupe brainois qui, avec "Nocturne", s’offre les plaisirs de la légèreté. Un album aux accents pop et électro qui irradie d’emblée! Une nouvelle tournée démarre et passera par l’Ancienne Belgique les 4 et 5 décembre prochains.

A la veille de sa sortie, ils avaient présenté leur nouveau bébé chez PIAS pour quelques privilégiés. Un public instantanément conquis par ces quelques chansons en live qui ont propulsé les Girls in Hawaii dans une autre dimension artistique.

De la création à la production, ce quatrième album marque un tournant dans la trajectoire du groupe pour plusieurs raisons, nous explique Antoine. "Après la tournée d’Everest, l’album précédent, on a eu une parenthèse avec les concerts acoustiques "Hello Strange", qui furent des moments très chouettes, une trentaine de dates sans trop de fatigue ni de lassitude. En sortant, on était excité, on pensait faire l’album à six mais les autres ont dit qu’ils voulaient prendre du temps en famille. Du coup, on a avancé à deux, Lio et moi.

L’inspiration a-t-elle facilement suivi l’enthousiasme?

A.W. "On s’est fixé quelques règles au début. Par exemple, faire des maquettes très courtes sur lesquelles on ne travaillerait que 48h maximum. Alors qu’avant, on pouvait y travailler des mois sans être content! L’idée était de jeter des intentions sans se prendre la tête.

On se motivait avec des consignes précises. Par exemple: "Inspiré par Gainsbourg" ou en choisissant une peinture qu’on aime bien et, au bout de deux jours, on était obligé de s’envoyer quelque chose. Cela donne un point de départ, ça stimule à mort!

Et puis, un peu par hasard, on a tous les deux suivi quelques séances d’hypnose, chacun de notre côté, pour stimuler notre créativité. Mon psy me l’a proposé parce que la période d’écriture est  stressante pour moi. J’avais besoin de me rassurer, de me donner de la confiance. J’ai fait des séances de trois-quatre heures, passées en quelques instants, comme un rêve éveillé. Une fois rentré chez moi, j’avais des retours d’images, d’idées et du coup, je notais très vite, je remplissais plein de pages remplies de détails, des trucs très étranges, des symboles, des mythes, des souvenirs… C’est très intéressant parce que cela rassure sur le vivier d’inspiration.

Beaucoup de paroles du disque tournent autour des songes, des rêves. Le choix du titre "Nocturne" vient de ce monde foisonnant du sommeil. Je trouve d’ailleurs la pochette plus lumineuse que sombre!

Après quelques mois, on avait accumulé une centaine de démos. Comme on travaillait à deux, on voulait aussi des choses plus ouvertes pour pouvoir les travailler en groupe plutôt que des chansons fignolées à prendre ou à laisser."

Dès la première écoute, le virage plus pop/électro saute aux oreilles…

A.W. : "L’apport des synthés a été essentiel. On en avait marre de nos recettes à la guitare. A force, les mêmes réflexes reviennent sans cesse. Il fallait bousculer tout ça! Le synthé, c’est un peu un nouveau jouet, que je ne maitrise toujours pas très bien d’ailleurs, mais il permet de chipoter, de découvrir les sons autrement.

Depuis "Everest", on cherche aussi à mettre les voix plus en avant alors que par le passé, elles étaient plutôt noyées sous les effets. Les orchestrations sont aussi moins touffues. On a écouté beaucoup de hip-hop et d’électro, des trucs très directs. Le single "Walk" en est la meilleure illustration. Lio m’a dit un jour qu’il voulait relever le défi d’écrire un "tube radio", un truc qui reste dans les têtes. J’étais sceptique au début, puis j’ai totalement adhéré Cet album m’a aussi permis d’autres excentricités, comme une longue intro instrumentale en ouverture du disque sur "This light" ou un beat hip-hop sur "Blueshade". On a clairement pris les choses de manière plus ludique qu’avant."

Le morceau "Blueshade" part de cette fameuse photo du petit Aylan retrouvé mort sur une plage. Après quatre albums, vous sentez-vous plus légitime pour évoquer des sujets de société?

A.W. : "Sur les textes aussi, on s’est donné plus de liberté. Avant, on était dans la tradition introspective de ce qu’on écoutait quand on avait 16 ans, avec des textes très centrés sur soi, ses pensées, ses états d’âme. Ici, on a eu envie de parler du monde dans lequel on vit. En devenant père, on devient plus concerné par le monde. Cela change beaucoup la perspective mais on se disait toujours: "Qui sommes-nous pour faire une chanson sociale ou politique? En plus dans une langue qui n’est pas la nôtre…  Et puis on s’est dit: "Merde! Si on ne peut plus faire ça…!" Mais on le fait d’une manière un peu planquée. La photo du petit Aylan a servi de point de départ, comme c’était déjà le cas pour "Switzerland" sur l’album précédent. L’important, c’est la musique qui en a découlé et l’émotion que l’on essaie de faire passer."

 

Comme à chaque fois, le nouveau terrain de jeu des Girls in Hawaii est un condensé d’émotions mais qui, cette fois-ci, s’offre la subtilité des chansons que l’on retient d’un coup d’oreille. Un coup de maître pour un des disques de l’année!

 

Entretien : François Colinet

Les dates de la tournée

Girls in Hawaii, "Nocturne" (PIAS)