Les lettres de noblesse de Cendrillon (au TRM)

Voici un carrosse en caractères de typographie et en toutes lettres -  celles du mot carrosse, de surcroît dans le bon ordre. Les immenses portes du palais doivent-elle s’ouvrir ou se fermer ? Leur royal assemblage devient aussi l’horloge où minuit sonnera douze. Ce sont là deux exemples parmi bien d’autres de la féérie dont est habillé ce spectacle de fin d’année.

Tout se déroule ici dans la subtilité, avec, dans les changements de décor et de personnages, une grâce qui tient de la prestidigitation. En particulier au moment où, submergé par les candidates au mariage, le Prince charmant se volatilise pour reparaître quelques secondes plus tard. Magie du rêve aussi où, pendant son sommeil, Cendrillon se démultiplie en autant de sosies à la troublante ressemblance. Rien n’est jamais appuyé – l’étonnante fugacité des mouvements de danse fait que le spectateur est entraîné dans un tourbillon, tout est enlevé et la musique a les accents d’un conte de fées. Pure magie donc que la mise en scène de Laurent Pelly, un modèle du genre en matière de prestance, de contenance, de vaillance et d’élégance.

Au pupitre de direction, Alain Altinoglu réalise un écrin sonore pour les chanteurs. Il ne couvre jamais les voix et emmène ses troupes avec une belle alacrité pendant toutes les parties de ballet. C’est un musicien efficace, décidé, qui peut faire preuve de gaillardise.

Cette production est un spectacle haut de gamme, conçu avec intelligence ; il s’en dégage une émotion très palpable dans les moments de grande tendresse comme le duo d’amour filial entre Cendrillon - Anne-Catherine Gillet et son malheureux papa, Lionel Lhote dépassé d’une tête par Nora Gubisch, la méchante marâtre capable de voler au secours de la victoire. Mais c’est la soprano colorature cubaine Eglise Gutierrez, dans le rôle de la fée, qui atteint le firmament de l’aigu avec une infaillible exactitude qui offre un des sommets de l’opéra.

Philippe Dewolf

Musiq 3

Jules Massenet, Cendrillon, La Monnaie. Jusqu’au 29 décembre 2011. www.lamonnaie.be