Anne Freitag, révélation au Concours de Musique Ancienne de Bruges, session 2011

2 images
- © rtbf

Le public amateur de musique ancienne – et baroque – est-il plus attentif que celui du tout-venant en matière de classique ? Celui qui assistait samedi dernier à la finale du concours de musique ancienne de Bruges (créé en 1964) a écouté les quatre finalistes dans un silence quasi religieux. Ce fut tout bénéfice pour la lauréate : Anne Freitag (Leipzig, 1984), flûte traversière, personnalité rare et musicienne parfaite.

 

Il est vrai que la disposition des lieux dans la salle de musique de chambre du Concertgebouw de Bruges , où le public est réparti tout autour des musiciens, n’incite pas aux incontinences toussoteuses et autres raclements de gorge : on se ferait foudroyer. Mais ce public, exemplaire, manifestait un respect qui n’était que l’expression toute naturelle d’un intérêt réel, voire d’une profonde passion. Plus d’un s’est étonné de l’absence de violonistes en finale où se ont été retenu(e)s deux gambistes françaises, la flûtiste allemande lauréate et un violoncelliste japonais. La confrontation entre Lucile Boulanger et Myriam Rignol était frontale et a tourné à l’avantage de la seconde gambiste. Elle a décroché le deuxième prix, ainsi que le prix du public. Myriam Rignol bénéficie d’un son personnel et c’est elle qui « tirait » l’ensemble Les Agrémens, avec des accents très vivaldiens, dans le concerto. 

 Avec Anne Freitag, nous avons changé d’univers. Dès avant la musique, on a vu une artiste entièrement requise par son art, grave, et qui a trouvé réponse adéquate à la question de savoir comment commencer, sur une flûte baroque, dans le dénuement d’un première note qui ne serait ni loupée, ni galvaudée. Après quoi, l’aisance, la netteté, le sens des plans et de la construction ont paru être un jeu d’enfant. Anne Freitag est aussi la finaliste qui a porté l’attention la plus soutenue aux musiciens de l’orchestre et se trouvait en phase avec eux. Anne Freitag est une musicienne à qui certains pourraient reprocher une trop grande objectivité, sans œillades ni effets ; mais elle bénéficie d’un pouvoir très rare : celui du mystère, un peu énigmatique, du fait que, quand elle joue, elle entre dans un autre monde. Avec pureté, pureté de jeu, d’écoute, de présence, pureté morale même : elle avait pris place dans le public après sa prestation, pour suivre celle de Toru Yamamoto, et s’est liquéfiée lorsque celui-ci a traversé un trou de mémoire abyssal. On était loin d’un concours, on était dans l’empathie la plus profonde, la vraie grandeur d’âme. 

Les interviews d'Anne Freitag, de Guy Van Waas (Les Agrémens) et de Myriam Rignol

 

Philippe Dewolf 

Le Palmarès 

1er prix: Anne Freitag (1984), Allemagne, flûte traversière  

2ème prix: Myriam Rignol (1988), France, viole de gambe 

3ème prix: Lucile Boulanger (1986), France, viole de gambe 

Mention: Toru Yamamoto, Japon, violoncelle