Mostra Jour 8 "Babyteeth", une belle surprise venue d'Australie

La réalisatrice Shannon Murphy à la Mostra
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La réalisatrice Shannon Murphy à la Mostra - © ALBERTO PIZZOLI - AFP

C’est un débat régulièrement soulevé à chaque grand festival : quelle place pour les femmes réalisatrices dans le cinéma aujourd’hui ? A la Mostra de Venise, il y a deux femmes réalisatrices qui ont vu leur film retenu dans la compétition. Hier soir, un de ces deux films était projeté : "Babyteeth" de Shannon Murphy.

Babyteeth

La traduction littérale de ce titre, c’est " Dent de bébé ", autrement dit " Dent de lait ". L’héroïne du film, c’est Milla, une jeune lycéenne atteinte d’un cancer qui va entamer une chimiothérapie. C’est à ce moment difficile qu’elle tombe amoureuse de Moses, un garçon plus âgé qu’elle, un jeune marginal drogué. Les parents voient évidemment cet idylle d’un mauvais œil, mais ils sont partagés : peuvent-ils interdire à leur fille malade de vivre ce premier amour qui sera peut-être aussi le dernier ?

Avec un sujet pareil, un réalisateur peu inspiré risquait de signer un mélo dégoulinant. Mais la jeune cinéaste australienne Shannon Murphy a évité tous les pièges, et en portant à l’écran cette pièce d’une compatriote dramaturge, elle a réussi un équilibre subtil et permanent entre l’émotion et l’humour. Elle est aidée par la jeune et talenteuse actrice Eliza Scanlen, récemment découverte dans la minisérie "Sharp Objects".

Quand on demande à Shannon Murphy s’il est difficile de se faire sa place en tant que femme dans le milieu très masculin du cinéma, sa réponse fuse :

 "Je ne trouve pas ça difficile du tout en Australie, parce que nous avons un formidable programme initié par le gouvernement qui s’intitule " Le genre, ça compte ! " Et il prend très au sérieux exactement ce que le titre dit, à savoir la question du genre. On a posé les bases de ce programme, il y a des formations pour les femmes, et il y a des initiatives de différentes sociétés de production pour obtenir la parité hommes/femmes dans tous les postes à responsabilité. Donc il y a des femmes dans tous les postes-clés du cinéma. Et je pense que c’est ça qui peut faire la différence, c’est comme ça que la situation peut changer. "

The perfect candidate

L’autre femme cinéaste présente dans la compétition cette année vient d’un autre continent : elle s’appelle Haifaa Al-Mansour, et peut se targuer d’être la première femme réalisatrice dans son pays, l’Arabie Saoudite. Dans son film "The perfect candidate", présenté en début  de festival, elle aborde un sujet polémique : le tollé que provoque une jeune doctoresse en choisissant de se présenter à des élections municipales. A la conférence de presse du film, Haifaa Al-Mansour évoquait le combat permanent que représentait pour elle ce métier de réalisatrice dans une culture où tout reste à faire, ou presque, pour les droits des femmes.

Cette année, le président du jury est une présidente, c’est la cinéaste argentine Lucrecia Martel. Est-ce que "Babyteeth" ou "The perfect candidate" auront-pour autant plus de chance de figurer au palmarès ? Pas forcément. A Cannes par exemple, la cinéaste libanaise Nadine Labaki, réalisatrice de "Capharnaüm" semblait favorite pour la Palme d’Or l’an dernier, et il n’en fut rien. Et pourtant, là aussi, le jury était présidé par une femme : c’était l’actrice australienne Cate Blanchett.