Mostra Jour 3 : Polanski absent, mais plébiscité sur l'écran

Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Jean Dujardin, et le compositeur Alexandre Desplat à la présentation de "J'accuse"
Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Jean Dujardin, et le compositeur Alexandre Desplat à la présentation de "J'accuse" - © VINCENZO PINTO - AFP

A chaque Festival sa polémique. La présidente du jury, la cinéaste argentine Lucrecia Martel, a d’abord affirmé sa désapprobation de voir le dernier film de Roman Polanski concourir dans la sélection officielle, avant de devoir présenter ses excuses. Quoi qu’il en soit, le cinéaste, âgé de 86 ans, n’a pas fait le déplacement au Lido. Ce qui n’a pas empêché son film, "J’accuse", de faire l’évènement.

J'accuse

"J’accuse" est un projet cher à Polanski depuis plusieurs années : adapter le livre de Robert Harris (l’auteur de "The ghost writer") qui retrace, à la manière d’un thriller politique plus que d’un drame historique, tous les rebondissements de la tristement célèbre affaire Dreyfus. Soit un officier accusé d’espionnage par l’armée française et envoyé au cachot à l’Ile du diable, à la suite d’une enquête bâclée, fortement teintée d’antisémitisme.

Polanski a d’abord tenté de réaliser ce film en anglais, mais le producteur Alain Goldman l’a convaincu de le tourner en langue française. Sage décision : ce projet, qui se targue de respecter la véracité des faits, gagne évidemment en authenticité en étant tourné dans la langue de Molière. Le personnage principal de "J’accuse", c’est le colonel Picard, seul militaire qui sera convaincu de l’innocence de Dreyfus et qui va mener une enquête, vite contrecarrée par tous ses supérieurs hiérarchiques. Jean Dujardin trouve sans doute là son plus grand rôle, et il est magnifiquement entouré : en effet, Polanski et son producteur ont recruté les meilleurs acteurs de la Comédie-Française qui incarnent avec aisance les différentes sommités de l’Armée française, qui ont jugé Dreyfus coupable et n’ont aucune envie de réviser leur jugement…

"J’accuse" est un film passionnant de bout en bout, et bien évidemment nécessaire : à l’heure où des vagues d’antisémitismes ressurgissent un peu partout en Europe, rafraîchir la mémoire des parents et instruire les jeunes générations sur les injustices révoltantes de l’affaire Dreyfus est salutaire.

Que la personnalité de Polanski soit sujette à caution et suscite la polémique, soit. Mais que cela n’entache pas la haute qualité et la grande probité de "J’accuse".