Mostra Jour 10 avec Johnny Depp pour le dernier film de la compétition

Johnny Depp à la Mostra 2019
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Johnny Depp à la Mostra 2019 - © ALBERTO PIZZOLI - AFP

Une star hollywoodienne, une de plus, est venu fouler le tapis rouge – trempé par les pluies orageuses de ce vendredi - de la Mostra de Venise : Johnny Depp est venu présenter le dernier film de la compétition, un drame historique qui s’intitule "Waiting for the barbarians", "En attendant les barbares"… Aujourd’hui, le jury va se retirer pour délibérer, et pour la critique, c’est l’heure des pronostics.

Waiting for the barbarians

Dans un fort reculé perdu au milieu de nulle part (La Mongolie ? L’Azerbaïdjan ? Le Kamtchatka ? Ce ne sera jamais précisé), un honnête magistrat (Mark Rylance, vu chez Spielberg dans "Le pont des espions") administre dans un esprit pacifique les relations avec les autochtones. Jusqu’au jour où un militaire, le colonel Joll (Johnny Depp, avec des petites lunettes de soleil rondes très "tendance") vient bouleverser cet équilibre, persuadé que les Barbares préparent la guerre. Joll décide de torturer quelques prisonniers pour connaître les plans de "l’ennemi". A partir de ce moment-là, les logiques des deux hommes vont s’affronter cruellement.

Cette fable sur les méfaits du colonialisme est l’œuvre d’un romancier sud-africain réputé, J.M. Coetzee. Ce lauréat du prix Nobel de littérature en 2003, aujourd’hui âgé de 79 ans, a lui-même adapté son roman (qui date de 1980). En découvrant à l’écran "Waiting the barbarians", réalisé par le colombien Ciro Guerra, on réalise que les grands romanciers ne font pas forcément des grands scénaristes. Car si la dimension de fable intemporelle et non située géographiquement peut fonctionner abstraitement en littérature, elle passe plus difficilement la rampe à l’écran : ainsi, on s’interroge en permanence sur la nationalité de la puissance coloniale ici en jeu et sur les frontières qu’elle entend contrôler. Le rythme lent du film, voulant sans doute surligner la dimension allégorique de ce récit, n’arrange rien et génère un ennui insidieux de plus en plus tenace. Bref, on voit mal "Waiting for the Barbarians" figurer au palmarès ce soir.

L'heure des pronostics

Quelle est la clé pour réussir un grand festival ? Primo, des invités prestigieux, secundo, des films d’envergure. Cette 76ème édition de la Mostra a réuni les deux ingrédients : de Brad Pitt à Meryl Streep en passant par Catherine Deneuve, ce fut un déluge de stars pendant dix jours. Quant aux bons films, ils sont trop nombreux pour pouvoir tous figurer au palmarès. Les quatre films américains étaient de grande qualité, mais deux titres sortent du lot pour la critique : "Joker", qui devrait valoir à Joaquin Phoenix un prix d’interprétation, et "Marriage story" de Noah Baumbach, chronique d’un couple qui se sépare, avec deux rôles magnifiques pour Adam Driver et Scarlett Johansson. Toujours dans le domaine anglo-saxon, "Babyteeth" de l’Australienne Shannon Murphy a de nombreux fans.

 Du côté du cinéma européen, un film remporte tous les suffrages : "J’accuse", formidable reconstitution de l’affaire Dreyfus. Le seul handicap du film, c’est son réalisateur Roman Polanski, marqué au fer rouge depuis 40 ans par une affaire de viol sur mineure aux Etats-Unis. A l’ère du mouvement #Metoo, pas sûr que la présidente du jury Lucrecia Martel ait envie de bien faire la distinction entre Polanski et son film, pourtant remarquable.

Enfin, un film-choc a, comme prévu, divisé la critique : "The painted bird", odyssée cruelle d’un enfant juif pendant la guerre, a choqué par son atrocité. C’est néanmoins un des films les plus mémorables de cette Mostra 2019.