La Mostra de Venise, annonciatrice des Oscars

L'Hotel Excelsior est prêt à accueillir la 76e édition de la Mostra
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L'Hotel Excelsior est prêt à accueillir la 76e édition de la Mostra - © ALBERTO PIZZOLI - AFP

C’est le plus ancien Festival de cinéma.  La Mostra de Venise s’apprête à vivre sa 76ème édition au Lido dès demain soir, et c’est un cinéaste japonais, Hirokazu Kore-Eda, lauréat de la Palme d’Or l’an dernier à Cannes, qui a les honneurs du gala d’ouverture avec son premier film tourné hors Japon, "La vérité".

Ce mercredi, ce seront donc Catherine Deneuve et Juliette Binoche, les héroïnes de "La vérité" qui fouleront le tapis rouge de la Sala Grande du Festival.

Jeudi, les stars de Venise seront Brad Pitt, cosmonaute dans le film "Ad Astra" de James Gray, et Scarlett Johansson, au cœur de "Marriage story" de Noah Baumbach.

Vendredi, ce sera au tour de Kristen Stewart, qui incarne Jean Seberg.

Samedi, Joaquin Phoenix viendra présenter le très attendu "Joker" aux côtés de Robert De Niro. Du côté des talents européens, citons Roman Polanski, qui signe une nouvelle évocation de "L’affaire Dreyfus", et Costa-Gavras, qui se penche sur la crise économique grecque dans "Adults in the room"…

Et ce ne sont là que les invités des premiers jours du Festival.

Le Festival de Venise, "Hollywood friendly"

Pourquoi un tel déluge de stars hollywoodiennes à Venise, et plus à Cannes ? Pourquoi le centre de gravité de la planète cinéma s’est-il déplacé ?

En mai dernier, le délégué général de Cannes Thierry Frémaux a dû faire la danse du ventre pour attirer dans sa sélection "Once upon a time in Hollywood", le nouveau Tarantino. Finalement, Brad Pitt et Leonardo Di Caprio ont joué le jeu et se sont prêtés au bain de foule devant les marches. Mais l’évènement s’est transformé en pétard mouillé, avec un accueil très tiède de la presse, et le film est reparti bredouille, sans même une mention au palmarès. A Cannes, les Américains sont priés de venir mettre de l’ambiance et apporter du glamour au festival, mais ils ne doivent pas trop espérer glaner une Palme d’Or. Clint Eastwood avec "Mystic River" et les frères Coen avec "No country for old men" en ont fait l’amère expérience dans le passé.

Tandis qu’à Venise, venir avec une production hollywoodienne n’est pas une tare. Au Lido, Emma Stone a été couronnée grâce à "La La Land". Guillermo Del Toro a remporté le Lion d’Or avec "The shape of water". Olivia Colman a été sacrée meilleure actrice avec "La favorite". Tous ces films se sont ensuite retrouvés aux Oscars.

Une productrice belge me disait : "Venise, c’est différent de Cannes : le festival est Hollywood friendly." Et cela se sent : au Lido, les stars sont détendues, les attachés de presse aimables, les journalistes ne sont pas traités comme du bétail. CQFD.

Un calendrier qui tombe à pic

Le cinéma est un art saisonnier. L’été, il y a les popcorn movies, les blockbusters. L’automne, c’est le moment des films d’auteur susceptibles de glaner des nominations aux Oscars. Cannes se déroule désormais à un des plus mauvais moments de l’année, le mois de mai : Hollywood n’a aucune envie d’y voir ses blockbusters estivaux démolis par la critique, et les producteurs de films d’auteur n’ont aucune volonté de les déflorer quatre ou cinq mois avant leur sortie en salles.

Résultat : les festivals de Venise et de Toronto, se déroulant début septembre, sont idéalement placés dans l’agenda pour servir d’espace idéal pour les films de prestige. La métropole canadienne est une plateforme efficace pour tout le continent nord-américain, tandis que la cité vénitienne convie le gratin de la presse européenne.

La principale question, avec la Mostra 2019, est la même que lors des éditions précédentes : quels films révélés ici vont monter en puissance aux Oscars ? L’an dernier, c’était "Roma", "The favourite" et "A star is born". Cette année, "Joker" et "Ad Astra" sont dans les startings blocks…