"J'accuse" : Polanski absent de Venise, mais son film applaudi

Jean Dujardin à la Mostra
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Jean Dujardin à la Mostra - © VINCENZO PINTO - AFP

A la Mostra de Venise, c’est ce soir que sera présenté le nouveau film de Roman Polanski, qui s’intitule "J’accuse" et qui retrace la célèbre affaire Dreyfus. Certains mouvements féministes ont lancé la polémique, n’acceptant pas la présence en compétition du cinéaste aujourd’hui âgé de 86 ans. Par prudence, Polanski n’a pas fait le déplacement à Venise. Mais son film, véritable plaidoyer contre l’antisémitisme, a été très applaudi à la première projection de presse.

Quant à Jean Dujardin, qui incarne le colonel Picard qui tout fait pour faire innocenter Dreyfus, il tient là un des rôles les plus importants de sa carrière, et il a livré un vrai plaidoyer pour Roman Polanski à la conférence de presse.

Jean Dujardin raconte son tournage avec Roman Polanski

C’était tout aussi intéressant de composer la scène avec lui que de le regarder vous diriger parce qu’en fait, faut savoir que le matin, quand vous arrivez, y a en moyenne une heure à une heure et demie, voire parfois deux heures de mise en place, et ça c’est très important pour lui. Ensuite, Roman enchaîne les séquences, il peut en faire 3, 4, pas beaucoup plus que ça, mais ce qui compte pour lui c’est toujours la vérité, toujours trouver une fois de plus, resserrer sur l’enjeu du film. C’est pas forcément avoir sa belle vitrine, avoir des belles calèches, c’est la moindre des choses, que le film soit joli, c’est évidemment la moindre des choses, mais surtout c’est qu’est-ce que je raconte, comment on le raconte. Donc, il va vous dire par exemple, tu es là depuis, je sais pas, dans ce bureau des statistiques depuis 6 mois, quelles sont tes habitudes ? où poses-tu ton képi ? est-ce que nous sommes en juillet ? script ? regarde, juillet ? 6 juillet ? il fait chaud à Paris, ça pue à Paris, on ouvre la fenêtre, comment tu ouvres la fenêtre, comment tu ouvres ton col, recommence, recommence, recommence... Et on peut recommencer ça pendant 30, 40 fois le texte. Alors c’est vrai que c’est un peu déroutant, mais en même temps, on est immédiatement prêt et surtout il y avait des acteurs merveilleux, il fallait absolument des acteurs comme je pense à tous les acteurs de la Comédie française qui sont tellement pleins de leur talent, tout ça allait finalement assez vite.

Je souhaite à tous les acteurs du monde de tourner encore avec Roman Polanski, faut voir, c’est à vivre absolument !

La dame me demandait tout à l’heure ce qui allait m’en rester, je crois que ce qui va m’en rester, c’est la fierté d’avoir fait un film comme ça, un film qui sert, et puis surtout de l’expérience et de la confiance, ce sont des rôles qui vous donnent de la confiance.

Peut-être qu’il y a 5-6 ans, je n’aurais pas été capable, ou peut-être que j’aurais refusé l’obstacle, là je me sentais prêt, et je sais effectivement comme l’a dit Emmanuelle, qu’il vous regarde bien. Il a une façon même de gérer parfois le stress d’un acteur, ce n’est pas simple d’arriver devant Roman Polanski, même pour les plus capés, c’est pas simple, ce petit homme, il vous demande beaucoup, il s’économise jamais, il peut être très dur, mais en même temps, dès qu’il sent que ça vacille, il va prendre le temps, il va vous dire : moteur demandé, prends ton temps, prends ton temps, action.. vas-y.. vous savez comme une voix de chamane qui vous guide, c’est très très agréable, donc c’est à la fois très confortable, et puis c’est toujours très intelligent, surtout, voilà. On ne perd pas notre temps, on est là pour faire un film intelligent, pour raconter quelque chose, ne perdons pas notre temps. Donc on ne fait pas le con inutilement, et faisons une belle œuvre. Et comme il dit, effectivement, les grandes histoires font parfois des grands films.