A la Mostra, Costa-Gavras dresse le constat : "Les gauches européennes ont failli"

Costa-Gavras à la Mostra
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Costa-Gavras à la Mostra - © ALBERTO PIZZOLI - AFP

Coïncidence intéressante à la Mostra de Venise : après le film de Roman Polanski hier, c’est au tour du nouveau film d’un autre grand maître du cinéma européen, lui aussi âgé de 86 ans : Costa-Gavras vient présenter "Adults in the room", adapté du livre du ministre grec Yanis Varoufakis qui raconte comment, pendant ses cinq mois au pouvoir dans le gouvernement d’Alexis Tsipras, il tenta de renégocier l’énorme dette de la Grèce auprès des instances européennes.

Le film montre que Costa-Gavras, homme de conviction, ne désarme pas et continue de faire du cinéma politique engagé. A la conférence de presse, interrogé sur l’évolution de la gauche en Europe, il a dressé un constat très dur.

L'évolution de la gauche en Europe ? la réponse de Costa-Gavras

Vous proposez un problème très compliqué, il faudrait une très très longue conférence pour pouvoir parler de tout cela. Mais on peut dire aussi que la gauche, les gauches européennes, ont failli un peu partout. Alors il faut voir quand on parle de gauche, qu’est-ce que la "gauche", c’est quoi la gauche... pour moi la gauche, ça n’est pas les hommes, la gauche, c’est deux ou trois idées essentielles dans une société, c’est une philosophie de vie, voilà.

Après, on a confié cette philosophie de vie à certains hommes politiques qui ont failli, beaucoup se sont mal comportés, d’autres ...  Il y en a même un en Grève qui a fini en prison, donc, c’est le problème. Peut-être qu’il faut revoir ce problème de la philosophie de vie de la manière de la gauche, il y a d’autres philosophies, y en a de droite, y en a du centre, mais celle de la gauche, c’est évident qu’il faut la revoir.

Il y a un problème à l’Europe à mon avis, c’est que l’Europe est devenue un continent, plutôt un empire néo-libéral. Et il a un problème, c’est qu’il a été les quinze dernières années, très très mal dirigé par des hommes qui n’étaient pas à la hauteur, les deux hommes que vous connaissez tous, qui n’étaient pas à la hauteur du problème.

Il y en a un pour lequel j’ai un grand mépris, qui est Monsieur Barroso, il y en a un autre, le deuxième, c’est Junker, pour lequel j’ai une certaine admiration parce qu’il a réussi la chose la plus formidable, de faire de son pays, un paradis fiscal au centre de l’Europe, de sorte que son pays bénéficie des taxes de grandes compagnies, 340 compagnies qui sont domiciliées au Luxembourg. Ce n’est pas le rôle d’un président de l’Union Européenne.

J’espère actuellement avec la nouvelle, qui est allemande, j’espère qu’elle va changer les choses pour que l’Europe revienne à une autre situation, telle qu’elle a été décrite par Delors et quelques autres.

Donc, tout cela se mélange avec la question de mon regard sur la gauche, la droite et tout cela. Il y a un grand magma politique à l’Europe, il faut que quelque chose se déclare et se clarifie, pas comme il est en train de se clarifier depuis quelques années avec des populistes, qui retournent à une époque que l’Europe a vécue, des années 20, 30, etc. et qui sont des années catastrophiques. Avec le racisme, le rejet de l’autre, etc.

Et j’espère que tout cela va changer, peut-être avec la nouvelle présidente de la Commission Européenne.

J’attends la prochaine question, et pas que moi d’ailleurs, j’ai ici des collaborateurs dont je suis très heureux, parce qu’au début, on pensait faire le film avec des stars mondiales, et finalement je me suis aperçu à un moment donné que ça serait absurde d’avoir des stars mondiales, et les faire parler en anglais en Grèce entre eux ! et on a décidé de prendre des acteurs grecs pour faire les Grecs et des acteurs des autres pays, d’ailleurs pour le rôle de l’Italien, on a pris un Italien, pour les Allemands, on a pris des Allemands, ..

Donc, on fait cet effort, et malgré les difficultés économiques, on a fait le film que je souhaitais faire, et cela a pu se faire grâce à l’aide et l’enthousiasme des techniciens grecs parce qu’il y en a eu beaucoup, et des Français aussi, et j’ai pu faire ce film grâce à leur enthousiasme.