Mostra de Venise - jour 1 : un générique étincelant pour la 75e édition

Ce soir, s'ouvre la 75e édition de la Mostra de Venise
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Ce soir, s'ouvre la 75e édition de la Mostra de Venise - © TIZIANA FABI - AFP

C’est ce soir que débute l’édition 2018 du plus ancien festival de cinéma : la Mostra de Venise fête cette année sa 75ème édition. Et pour cet anniversaire, elle affiche un générique étincelant. Déjà, pour le gala d’ouverture, un film très attendu : "First man", biopic sur l’astronaute Neil Armstrong – incarné par Ryan Gosling – réalisé par le surdoué Damien Chazelle ("Whiplash", "La La Land").

Le président du jury Guillermo Del Toro – lauréat du Lion d’Or à la Mostra l’an dernier avec "The shape of water" - va découvrir les nouveaux films d’illustres confrères. Citons parmi eux "Roma" de son compatriote Alfonso Cuaron (Oscarisé pour "Gravity"), le western "The ballad of Buster Scruggs" des frères Coen, la fresque historique "Peterloo" de Mike Leigh, un biopic sur Van Gogh, "At Eternity’s gate" de Julian Schnabel (réalisateur de "Le scaphandre et le papillon"), "The sisters brothers", premier film américain de Jacques Audiard… Et ce ne sont là que quelques noms dans une sélection très riche.

Du côté des stars, on peut attendre Emma Stone, Bradley Cooper, Lady Gaga, Tilda Swinton… Un lion d’or honorifique sera remis à l’actrice Vanessa Redgrave et au cinéaste canadien David Cronenberg. Pointons aussi qu’un film inédit d’Orson Welles, "The other side of the wind", sera projeté en première mondiale à la Mostra.

Un programme plus prestigieux qu’au Festival de Cannes…

Le Festival de Cannes convoitait plusieurs de ces films. Le délégué général Thierry Frémaux ne les a pas eus, et n’a réussi qu’à sélectionner deux films américains (sans star au générique) dans sa compétition en mai dernier. Par contre, le délégué général de la Mostra Alberto Barbera semble n’avoir eu qu’à se baisser pour récolter une moisson de grands noms. Comment expliquer ce terrible contraste ?

Primo, les dates de Cannes jouent désormais contre le Festival. Le mois de mai, c’est bien trop tôt dans l’année pour les grands studios américains qui ont un calendrier très précis : en été, ils sortent les blockbusters et les films "popcorn" ; en automne, ils dévoilent les films d’auteur susceptibles d’être retenus dans la course aux Oscars. Et pour dévoiler ces films prestigieux, il y a deux endroits idéaux en septembre : le festival de Toronto pour la presse américaine, le festival de Venise pour la presse européenne. C’est ainsi que ces dernières années, des films primés aux Oscars comme "The shape of water", "Three billboards", "La La Land", "Birdman", "Gravity" ont été montrés à Venise. Et pas à Cannes.

Secundo, si Cannes n’a pas réussi à bien négocier avec Netflix, ce n’est pas le cas de la Mostra, qui accueille à bras ouverts des productions du géant du streaming (les films de Cuaron, des frères Coen et l’inédit de Welles sont labellisés "Netflix"). Car le lobby des exploitants de salle, très puissant en France, a réussi à imposer ses règles au Festival de Cannes, mais un tel lobby n’existe pas en Italie.

Tertio, la Mostra est réputée  American friendly : les stars hollywoodiennes aiment la dolce vita du Lido, elles s’y sentent bien accueillies – et se retrouvent souvent aux palmarès du festival vénitien. Tandis que sur la Croisette, elles sont toujours très attendues pour faire le show sur les marches, mais au moment du palmarès, elles doivent se contenter de prix de consolation ou sont carrément oubliées par le jury. (Les exemples de grands films américains qui sont repartis bredouille de Cannes sont légion : "Mystic river" de Clint Eastwood, "No country for old men" des frères Coen…)

... Mais Cannes reste plus célèbre que Venise

Et pourtant, le Festival de Cannes reste plus médiatisé que la Mostra de Venise. Pourquoi ? D’abord, parce que Cannes a un poids économique plus fort. Au moment du festival, se tient également le Marché du film, un lieu où producteurs, distributeurs et autres professionnels du cinéma issus des quatre coins du monde achètent et vendent des centaines de films pendant une semaine. Venise, elle, n’a pas de marché : littéralement, "mostra" signifie " exposition ", le festival se veut d’abord et avant tout un évènement culturel.

L’autre raison est politique : les média audiovisuels français, qui toute l’année soutiennent le cinéma français, Cannes, Deauville et autres événements dans l’Hexagone, ne se déplacent pas en masse à Venise, car il s’agit de ne pas trop mettre en avant ce festival concurrent de plus en plus menaçant. Et comme les média français sont forcément très bien suivis par les média belges francophones, leur message récurrent – Cannes numéro 1 – reste bien ancré dans les esprits chez nous.