Mostra 2018 : "Never look away", la renaissance du cinéaste allemand Florian Henckel

 Florian Henckel von Donnersmarck à la Mostra
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Florian Henckel von Donnersmarck à la Mostra - © FILIPPO MONTEFORTE - AFP

Dans sa carrière, Florian Henckel von Donnersmarck a connu le paradis et l’enfer. Le paradis avec son premier film "La vie des autres" en 2006, énorme succès critique et public, Oscar du meilleur film étranger. Et l’enfer avec son film suivant, "The Tourist" avec Johnny Depp et Angelina Jolie, remake hollywoodien raté du polar français "Anthony Zimmer", énorme bide en 2010. Après huit ans de silence, Henckel revient avec un film de trois heures tourné en Allemagne : "Werk ohne autor", (littéralement "Une œuvre sans auteur") dont le titre anglais est "Never look away".

Werk ohne autor

Le personnage central de cette grande fresque, c’est Kurt, un jeune garçon que l’on suit pendant trois décennies, grosso modo entre 1935 et 1965. Kurt grandit à Dresde, à l’est de l’Allemagne, et au lendemain de la guerre, il se sent une vocation d’artiste-peintre mais est contraint de subir les diktats esthétiques du National-Socialisme. Bien vite, il rêve de plus de liberté créatrice en s’exilant vers l’Allemagne de l’Ouest avec sa jeune fiancée… L’autre personnage-clé du film, c’est le père de cette fiancée, un gynécologue nazi adepte de l’eugénisme hitlérien et qui, dès 1945, retourne habilement sa veste pour conserver du pouvoir dans le nouveau régime.

A travers ces trois personnages, Florian Henckel brasse énormément de thèmes : les méandres de l’inspiration artistique, le passage d’une dictature à un autre (du nazisme au communisme), les stigmates de l’enfance sur la destinée, etc… Il tente ce brassage en essayant de marier le drame et l’humour, alternant le sérieux et le cocasse. Ce mariage ne fonctionne pas toujours ; certaines séquences sont trop appuyées, d’autres frisent le didactisme. Mais malgré ces maladresses, le film a le mérite de faire oublier sa durée de trois heures… A un point tel qu’on s’interroge : "Werk ohne autor" aurait peut-être mérité d’être développé dans le format d’une mini-série de quatre, voire de six heures, pour encore mieux développer certains personnages ? Mais le cinéaste avoue préférer le grand écran pour raconter cette histoire. On verra si, lors de l’exploitation en salles du film, ce choix se révèlera judicieux.

Vox Lux

Un emploi du temps trop serré ne m’a pas permis de voir le deuxième film de la soirée, "Vox Lux", deuxième réalisation de l’acteur américain Brady Corbet. C’est le portrait de Céleste, une popstar qui a démarré sa carrière, adolescente, dans un contexte tragique : la chanson qu’elle interprétait à une cérémonie d’hommage aux victimes d’une fusillade dans un lycée est devenue un tube national…

Après avoir incarné une ballerine dans "Black Swan", Natalie Portman peut cette fois se glisser dans la peau d’une chanteuse très "diva". A la conférence de presse du film, la star israélo-américaine s’est exprimée sur la violence évoquée dans "Vox Lux" : " Je suis réellement intéressée par ce que la violence provoque dans la psychologie individuelle, mais aussi dans la psychologie des masses, dans ce qui constitue un groupe. Certainement parce que je viens d’Israël qui est soumis à la violence depuis si longtemps. Mais hélas, c’est un phénomène qu’on retrouve régulièrement aujourd’hui aux Etats-Unis avec ce qui ressemble de plus en plus aujourd’hui, il faut bien le dire, à une sorte de guerre civile. Avec un climat de terreur… Et dans ce climat, les gens sont obligés d’aller à l’école ou d’aller chercher leurs enfants tous les jours. Et c’est impressionnant de voir comment des actes isolés de violence peuvent créer un tel climat général de psychose. "