Mostra 2018 : Mike Leigh et Luca Guadagino déçoivent

Mike Leigh à la Mostra
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Mike Leigh à la Mostra - © VINCENZO PINTO - AFP

Deux auteurs importants étaient en lice hier soir à la 75ème Mostra de Venise : le vétéran anglais Mike Leigh présentait un drame historique, "Peterloo", et le réalisateur italien Luca Guadagnino, nommé aux Oscars au printemps dernier avec son film "Call me by your name" présentait un film d’horreur, "Suspiria".

Peterloo

Mike Leigh, avec son physique de vieux hobbit malicieux, peut se targuer d’avoir remporté dans sa carrière une Palme d’Or à Cannes avec "Secrets et mensonges" ET un "Lion d’Or" à Venise avec "Vera Drake". Son nouveau film, "Peterloo" retrace un massacre tristement célèbre en Angleterre, quand une grande manifestation à Manchester pour le suffrage universel en 1819 fut réprimée par la cavalerie et se termina dans un bain de sang… Ambitieux et noble sujet, mais traité avec un académisme hélas très surprenant de la part d’un cinéaste aussi doué que Mike Leigh.

Bien sûr, le casting est truffé de visages intéressants ; certes, les dialogues essaient de capter une vérité historique. Mais "Peterloo", qui dure inutilement deux heures et demie, procure à peu près le même ennui d’une visite pédagogique trop longue dans un musée : l’intérêt pour le sujet s’émousse en cours de parcours, à force de scènes pas vraiment indispensables. Comment le cinéaste sensible et inspiré de "Secret and lies" et de "Another year" a-t-il pu s’enliser dans un style aussi empesé et solennel ? Mystère.

Suspiria

A l’origine, "Suspiria", c’est un film de série B, un "giallo" devenu culte de Dario Argento, invité récurrent du BIFFF.  Soit l’histoire d’une jeune danseuse américaine qui débarque dans un corps de ballet en Allemagne où les meurtres mystérieux se multiplient. 

Luca Guadagnino n’en est pas à son premier remake. Il s’était déjà emparé de "La Piscine" de Jacques Deray pour en faire "A bigger splash", où il greffait à l’intrigue de film noir une vague réflexion sur le sort des migrants en Sicile. Le résultat de ce melting-pot était calamiteux.

Le cinéaste italien, qui se prend visiblement très au sérieux, récidive avec "Suspiria" où il ajoute au scénario initial d’Argento des références parfaitement superflues – et même de mauvais goût - au terrorisme de la bande à Baader, à la psychanalyse et aux stigmates de la Shoah. Plombé par le poids de sa propre prétention, le film sombre corps et bien dans le ridicule. Ce genre de navet boursouflé va diviser complètement la critique, mais rien de tel qu’un peu de polémique, ça fait partie du folklore de la Mostra (L’an dernier, c’est "Mother !" de Darren Aronofsky qui avait rempli cette fonction).

 

Frères ennemis

Enfin, un troisième film était présenté en compétition hier soir : "Frères ennemis" du réalisateur français David Oelhoffen. C’est un polar qui explore un thème de tragédie : deux copains d’enfance ont grandi dans une cité de banlieue, l’un est devenu flic, l’autre est un truand. Le dialogue entre eux est-il encore possible ?

A la vue de "Frères ennemis", on s’interroge : comment un producteur s’engage-t-il pour un scénario aussi éculé ? Même les Studios Disney, dans les années 70, ont fait un dessin animé sur ce thème ; ça s’appelait "Rox et Rouky". Aujourd’hui, dans le rôle de Rouky le chien de chasse, il y a Reda Kateb, et dans celui de Rox le renard pourchassé, il y a Matthias Schoenaerts - qui semble raffoler des rôles de malfrats puisque l’an dernier, ici-même à la Mostra, il jouait à peu près le même personnage dans "Le fidèle". Que fait donc un film de consommation courante comme celui-ci dans la compétition ?