Mostra 2018 : "First Man", l'odyssée spatiale intimiste selon Damien Chazelle

La 75ème Mostra de Venise s’est ouverte hier soir au Lido avec un double évènement : la remise d’un Lion d’Or d’hommage à la grande actrice britannique Vanessa Redgrave et la projection du nouveau film de Damien Chazelle, le réalisateur de "La La Land". Le film s’intitule "First man", c’est un biopic sur l’astronaute Neil Armstrong.

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Le casting de "First Man" avec Jason Clarke, Olivia Hamilton, le réalisateur Damien Chazelle, Ryan Gosling et Claire Foy © VINCENZO PINTO - AFP

Le 21 juillet prochain, l’Amérique commémorera le 50ème anniversaire des premiers pas posés sur la lune par Neil Armstrong, commandant de la mission "Apollo 11" de la NASA. Le réalisateur Damien Chazelle n’a que 33 ans, et de son propre aveu, pour lui et pour les jeunes de sa génération, le geste d’Armstrong fait partie de l’Histoire du XXème Siècle, il connaît comme tout le monde les quelques images d’archives et les photos devenues mythiques, mais la conquête de la lune apparaissait presque comme un fait acquis. Mais une biographie d’Armstrong parue en 2005 et signée James Hansen lui a fait découvrir une réalité bien plus complexe.

Son film "First man" dépeint la vie de l’astronaute américain entre 1961 et 1969. Neil Armstrong, alors pilote d’essai, est engagé par ce qui allait devenir la NASA. La guerre froide bat son plein, les Russes accumulent les succès dans l’Espace, les Américains veulent riposter avec un projet fou : envoyer des hommes sur la lune. Le film de Chazelle est bien autre chose qu’une banale "success story" : il montre une réalité très sombre. Dans sa vie privée,  Armstrong, qui a perdu sa fille en bas âge, a de la peine à communiquer avec les siens, et semble trouver un sens à sa vie en épousant le rêve de la NASA. Dans sa vie professionnelle, l’astronaute voit plusieurs de ses collègues mourir dans des essais ratés et des accidents de l’agence spatiale. Pendant ce temps-là, l’Amérique est en guerre au Vietnam et la contestation s’élève contre cette NASA jugée mégalomane et inutilement dépensière.

Au final, même si "First man" contient inévitablement son lot de scènes spectaculaires, c’est d’abord le portrait intimiste d’un homme secret et introverti, devenu presque malgré lui "héros de la nation". Ryan Gosling, toujours à l’aise dans les rôles peu bavards ("Drive", "Blade Runner 2049"), se glisse sans trop de peine dans la  combinaison d’Armstrong. Claire Foy ("The Crown") incarne son épouse Janet et, grâce au scénariste Josh Singer ("Spotlight"), n’est pas cantonnée à un rôle de potiche. Damien Chazelle a pu aussi compter sur une excellente partition de son complice Justin Hurwitz ("La La Land") qui signe une bande originale assez subtile. Certes, "First man" est un film plus classique et moins original que "La La Land" mais il démontre une fois de plus l’incroyable maturité du talent de Chazelle.