Mostra 2018 : "At Eternity's gate", Willem Dafoe campe un surprenant Van Gogh

Julian Schnabel et Willem Dafoe à la Mostra
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Julian Schnabel et Willem Dafoe à la Mostra - © ALBERTO PIZZOLI - AFP

A la Mostra de Venise, deux films en compétition présentés hier soir, chacun par un cinéaste déjà primé à Cannes par le passé. Il y avait d’abord "At Eternity’s gate" du réalisateur américain Julian Schnabel, qui avait remporté un grand succès critique et public avec son film "Le scaphandre et le papillon". "Aux portes de l’Eternité", c’est un portrait de Vincent Van Gogh.

At Eternity’s gate

Plus précisément, c’est la chronique des dernières années de la vie du peintre hollandais, quand il va chercher la lumière du Midi à Arles. Van Gogh se lie d’amitié avec Paul Gauguin, connaît des crises de nerfs et l’internement, puis se réfugie à Auvers-sur-Oise… Tout cela, d’autres cinéastes comme Vincente Minnelli avec Kirk Douglas ou Maurice Pialat avec Jacques Dutronc l’ont déjà raconté à l’écran. Mais ce qui intéresse Julian Schnabel, ce n’est pas un biopic classique : son film est un portrait très sensuel, presque organique, de Van Gogh au travail, en communion avec la nature.

L’acteur Willem Dafoe apporte un charisme très physique au rôle, que son Van Gogh peigne dans les champs, qu’il boive de l’absinthe ou qu’il discute avec son frère Theo, il est toujours crédible. Il faut juste accepter la convention de la langue, puisque le film mélange sans complexe l’anglais et des bribes de français… Mais si on se laisse embarquer, on ne regrette pas ce voyage qui évite bien des clichés sur un des artistes les plus célèbres au monde.

Sunset

L’autre film présenté lundi soir s’intitule "Sunset", "Crépuscule", il est signé par le jeune cinéaste hongrois Lazlo Nemes, qui avait fait un triomphe il y a trois ans avec son premier film, "Le fils de Saul". Couronné par le Grand Prix du jury à Cannes, ce premier long-métrage osait montrer la réalité d’Auschwitz comme on ne l’avait jamais vu, à travers les yeux d’un membre des Sonderkommando, ces juifs sommés par les nazis de nettoyer les chambres à gaz…

Avec "Sunset", Laslo Nemes change d’époque : on est en 1911 à Budapest, dans ce qui était l’empire austro-hongrois. Une jeune fille revient chercher du travail dans le luxueux grand magasin fondé par ses parents, morts dans un incendie. Ce retour est mal vu par le nouveau patron du magasin, car la jeune fille vient réveiller des fantômes et soulever des tabous. "Sunset" n’est pas un polar, c’est une fresque intimiste sur le déclin d’un empire à la veille de la Première guerre mondiale. Vaste sujet vu à travers le regard de l’héroïne, que la caméra du cinéaste ne quitte pas d’une semelle…

Le procédé – déjà utilisé dans "Le fils de Saul" - est d’abord très envoûtant puis finit hélas par lasser car "Sunset" dure inutilement près de deux heures et demie, et s’enfonce dans un mystère de plus en plus opaque. Seulement voilà : Lazlo Nemes avait remporté l’Oscar du meilleur film étranger avec "Le fils de Saul" et aucun producteur n’ose aujourd’hui lui dire que son film "Sunset" est trop long et devrait être raboté d’une demi-heure pour espérer conquérir un public… hors festival.