Mostra Jour 10 Trois drames en clôture : "Le Fidèle" avec Matthias Schoenaerts, "Hannah" avec Charlotte Rampling et "Jusqu'à la garde" avec Léa Drucker

Michael Roskam et Matthias Schoenaerts
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Michael Roskam et Matthias Schoenaerts - © FILIPPO MONTEFORTE - AFP

C’est aujourd’hui qu’est projeté hors compétition le nouveau film du cinéaste flamand Michael Roskam, "Le fidèle" avec Matthias Schoenaerts et Adèle Exarchopoulos. L’accueil de la presse est plutôt bon, mais sans enthousiasme excessif…

Le Fidèle

"Le Fidèle", c’est à la fois un polar et une histoire d’amour. Gino (Matthias Schoenaerts), enfant maltraité, a grandi avec sa bande de copains et est devenu gangster. Il a le coup de foudre pour Bénédicte, une jeune fille de la bonne bourgeoisie bruxelloise, passionnée de course automobile. Pour vivre sa passion avec Bénédicte, Gino veut changer de vie, mais il voit combien c’est difficile de rompre avec son passé.

Eros et Thanathos, l’Amour et La Mort. Le réalisateur cite souvent ces deux mots pour expliquer son film, " et avec des thèmes éternels comme ceux-là, il n’y a pas de place pour le cynisme " a-t-il ajouté. Le film veut effectivement décrire des grands sentiments, au premier degré, sans humour ni ironie. Après "Rundskop" tourné en patois flamand et "The Drop" en anglais à New York, "Le Fidèle" a été tourné à Bruxelles en français. " C’est le choix du sujet qui détermine la langue " poursuit Roskam, " comme le milieu du grand banditisme à Bruxelles était essentiellement francophone, cela a dicté mon choix. "

Dommage que le cinéaste n’ait pas poussé jusqu’au bout cette très bonne logique, et qu’il ait confié à une Française le rôle d’une Bruxelloise : Adèle Exarchopoulos n’est hélas guère crédible en Bénédicte. L’autre problème, c’est que le film est construit comme une tragédie en trois actes, et que l’acte final semble bâclé et très maladroit. Résultat : "Le Fidèle" ne déclenche pas de folle passion au Lido. Sa présence hors compétition, en fin de festival, alors que toute une frange de la presse internationale a déjà quitté Venise pour s’envoler vers Toronto, sont évidemment des facteurs qui n’aident pas le film à faire l’évènement.

Les deux derniers films de la compétition

Ce soir, Charlotte Rampling foulera également le tapis rouge pour défendre un autre film tourné à Bruxelles : "Hannah", un drame dans lequel elle incarne l’épouse d’un homme qui s’apprête à faire un long séjour en prison. Le réalisateur italien Andrea Pallaoro n’a choisi que d’évoquer à demi-mot le crime que cet homme a commis ; ce qui l’intéresse c’est de montrer comment cette femme essaye de faire face à l’épreuve alors que même son fils la rejette. Le film, très économe en dialogue, montre l’immense talent de Charlotte Rampling pour faire ressentir, avec une grande économie de moyens, la souffrance de son personnage et son combat pour conserver sa dignité. Curiosité intéressante : le film montre un Bruxelles très peu touristique, presque méconnaissable..

L’autre drame projeté en cette fin de festival, c’est le troisième film français de la compétition, il s’intitule " Jusqu’à la garde ", c’est le premier long-métrage de Xavier Legrand. Le film démarre simplement : par une séance de conciliation chez le juge pour un couple qui divorce. L’homme réclame la garde partagée de ses enfants, ce que sa femme lui refuse. Le film montre comment le petit garçon du couple, Julien, va se retrouver pris en otage, obligé de revoir un père qu’il redoute.

Remarquablement interprété par Denis Ménochet et Léa Drucker, "Jusqu’à la garde" est construit avec une belle subtilité pour montrer comment l’enfant est victime d’une manipulation de plus en plus oppressante. C’est sans conteste le meilleur des trois films français de la compétition (les deux autres étant "La villa" de Robert Guédiguian et "Mektoub my love" d’Abdellatif Kechiche). Reste à voir s’il pourra s’imposer comme tel au palmarès demain soir.