Mostra – jour 6 : "L’événement", un film engagé sur l’avortement

Au Lido de Venise, les films français de la compétition officielle se suivent et ne se ressemblent pas : après l’adaptation du classique de Balzac "Illusions perdues" par Xavier Giannoli, c’est au tour d’un film intimiste, "L’évènement" de la réalisatrice Audrey Diwan, d’être présenté aux festivaliers.

L’événement

A l’origine du film, il y a un roman autobiographique d’Annie Ernaux. L’action se déroule à la fin des années 50, Anne, 18 ans, issue d’un milieu très modeste, prépare son entrée à l’Université. Mais elle a eu une aventure, et découvre avec effroi qu’elle est enceinte. Dans la France de l’époque, l’avortement est passible d’une peine de prison, et le sujet est complètement tabou. Angoissée mais déterminée à ne pas garder l’enfant qui ruinerait ses projets d’étude, Anne avance seule dans un milieu hostile.

La réalisatrice Audrey Diwan, avec sa caméra, ne quitte pas d’une semelle son héroïne – incarnée avec une grande justesse par la jeune actrice franco-roumaine Anamaria Vartolomei – et signe un film très épuré et très dense, rythmé par l’écoulement inexorable des semaines de cette grossesse non désirée. Son ambition que les spectateurs – femme ou homme – soient émotionnellement happés par la course contre la montre d’Anne et découvrent l’hypocrisie de l’époque et la difficulté de sa quête. Et même si le propos du film est clairement militant, le message n’étouffe heureusement pas son style, maîtrisé et cohérent.

La caja

Au Mexique, de nos jours. Dans un pays gangrené par les crimes et les disparitions inexpliquées, un adolescent, Hatzin, mandaté par sa grand-mère, part rechercher les restes de la dépouille d’un père qu’il a très peu connu, et que les autorités mexicaines ont retrouvés dans des fouilles. Mais en chemin, Hatzin, qui a conservé une photo de son père, croit le reconnaître en rue en la personne d’un contremaître d’usine. Opiniâtre, le garçon s’accroche à cet homme qui refuse de le reconnaître mais qui finit par le prendre sous son aile. D’abord enthousiaste, Hatzin découvre un monde de combines, d’exploitation des plus pauvres, et de criminalité opaque…

Le réalisateur vénézuélien Lorenzo Vigas (déjà lauréat d’un Lion d’or en 2015 avec "From afar"), avec "La caja", réalise à la fois un drame social et un portrait initiatique. Il dépeint la face cachée du Mexique, sa criminalité souterraine, et raconte le cheminement douloureux d’un adolescent, partagé entre son désir de trouver un père et sa volonté confuse de ne pas prendre "le mauvais chemin". Une belle thématique, mise en scène avec pudeur et sensibilité.