Mostra Jour 5 – Tim Roth largue les amarres dans "Sundown"

Révélé par "Reservoir Dogs" de Tarantino, longtemps abonné aux rôles de méchants, l’acteur britannique Tim Roth, aujourd’hui sexagénaire, a réussi au fil du temps à élargir considérablement sa palette. Il le prouve encore dans "Sundown" du cinéaste mexicain Michel Franco, présenté en compétition hier soir.

Sundown

En vacances à Acapulco, une famille richissime : Neil Bennet (Tim Roth) , sa sœur Alice (Charlotte Gainsbourg) et les deux enfants de celle-ci se prélassent au bord de la piscine d’un palace. Le téléphone retentit : leur mère est entre la vie et la mort à l’hôpital. Alice emmène illico la famille à l’aéroport pour rentrer le plus vite possible à Londres. Au moment du check-in, Neil prétexte l’oubli de son passeport pour ne pas prendre l’avion… Il retourne à Acapulco, choisit un hôtel nettement plus modeste et se contente d’observer la vie sur la plage. Pourquoi a-t-il inventé ce mensonge ? Qu’est-ce qui le motive à larguer ainsi les amarres ?

Le cinéaste Michel Franco ne cherche pas à créer un suspense artificiel ; il choisit simplement de filmer le voyage intérieur d’un homme, sans porter de jugement sur son comportement. Le choix du décor, Acapulco, n’est pas innocent ; c’est pour Franco une sorte de paradis perdu, car ses souvenirs de jeunesse ont été abîmés par la situation actuelle de cette ville du Pacifique, en proie à une violence grandissante.

A travers un film bref (85 minutes), il parvient à montrer à la fois les contradictions de cette ville légendaire, qui suscite tour à tour l’enchantement et l’effroi, et le cheminement existentiel d’un homme à la dérive. Avec un jeu délibérément retenu, voire minimaliste, Tim Roth a trouvé le ton juste dans "Sundown", un film qui infuse lentement dans les pensées du spectateur.

Mona Lisa and the blood moon

Dans la compétition, la Mostra ne rechigne pas à sélectionner des films de genre, c’est le cas avec ce "Mona Lisa" signé par une cinéaste anglaise, Ana Lily Amirpour, qui jouit d’une certaine réputation dans les pays anglo-saxons mais dont les précédents longs-métrages sont restés inédits chez nous (Ce ne sera pas le cas de ce nouveau film, qui a trouvé un distributeur belge).

L’intrigue est assez simple, entre le film fantastique et le récit d’une cavale : une pensionnaire d’un asile psychiatrique à la Nouvelle-Orléans parvient à s’échapper et rencontre sur sa route une strip-teaseuse qui va nouer avec elle une amitié intéressée – car celle qu’on surnomme " Mona Lisa " est dotée d’un étrange pouvoir, celui d’imposer sa volonté à n’importe quel quidam et d’en faire, temporairement, sa marionnette. Avec une telle alliée, la strip-teaseuse voit vite comment soutirer du fric à n’importe qui…

"Mona Lisa" démarre sur les chapeaux de roues, mais perd un peu de son originalité en cours de route. Reste une vision assez piquante de la Nouvelle-Orléans et un rôle fort pour la trop rare Kate Hudson, qui incarne une strip-teaseuse délicieusement effrontée.

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Kate Hudson et Ana Lily Amirpour à la présentation de "Mona Lisa And The Blood Moon" © Dominique Charriau/WireImage