Mostra – jour 2 : Jane Campion, Paolo Sorrentino… Et Netflix

Jusqu’à la Palme inattendue décernée en juillet dernier à Julia Ducournau pour "Titane", la Néo-Zélandaise Jane Campion restait la seule femme lauréate de la Palme d’Or (c’était en 1993 avec "La leçon de piano"). Après sa série télévisée "Top of the lake", elle revient au cinéma avec un western atypique, en compétition à la Mostra.

The power of the dog

L’action de ce drame, "Le pouvoir du chien", se déroule dans le Montana au début du XXe siècle et Benedict Cumberbatch, l’acteur anglais rendu célèbre par son incarnation de Sherlock Holmes, y est complètement méconnaissable. Il campe le propriétaire d’un ranch, un cow-boy très macho qui voit d’un très mauvais œil son frère se marier avec une veuve (Kirsten Dunst), mère d’un adolescent fragile, qui suscite bien de railleries…

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Jane Campion raconte l’évolution de ce microcosme, avec un sens aigu de la belle image – cet esthétisme est partie intégrante de son style – mais aussi avec quelques longueurs sur le plan narratif. Paradoxalement, ce film qui mérite le grand écran a été produit par Netflix. A la conférence de presse, la cinéaste a expliqué avoir bénéficié de moyens du géant du streaming qu’elle n’aurait pas obtenu ailleurs. C.Q.F.D.

E stata la mano di Dio

Coïncidence de programmation : le deuxième film présenté hier soir, signé Paolo Sorrentino, est aussi une production Netflix.

Pourquoi Sorrentino, qui a quand même gagné un Oscar du meilleur film étranger avec "La grande bellezza", va chez Netflix ? Sans doute pour les mêmes raisons que Jane Campion : pour disposer d’un budget confortable et d’une grande liberté artistique. Car son nouveau film qui s’intitule "E stata la mano di Dio", est sans doute son projet le plus personnel et le moins commercial de sa carrière : pas de star au générique, et un patchwork de souvenirs de jeunesse – exactement comme "Roma" d’Alfonso Cuaron, production Netflix qui décrochait ici même le Lion d’Or il y a trois ans…

"La main de Dieu" dont il est question dans le titre, c’est le célèbre but de Diego Maradona marqué avec le poing lors de la coupe du monde de football de 1986. Sorrentino, d’origine napolitaine, raconte la vie d’une famille dysfonctionnelle fascinée par le footballeur argentin lorsqu’il rejoint un club de Naples à l’époque. On connaissait les mises en scènes parfois tape-à-l’œil de Sorrentino (son portrait de Berlusconi, "Loro" sonnait d’ailleurs tristement creux) mais cette fois-ci, son style sophistiqué se met au service d’une chronique familiale chargée d’émotion. Le vulgaire côtoie en permanence le sublime dans le Naples filmé par Sorrentino, et ce mélange fait du film une réussite. "E stata la mano di Dio" sera visible en décembre sur Netflix, et a toutes les chances de figurer au palmarès.