Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes : Un héros, d’Asghar Farhadi, le meilleur candidat à la Palme d’or?

À ce stade du Festival, 16 des 24 films de la compétition, soit les deux tiers ont été projetés et jusqu’à hier soir, aucun favori ne se dégageait pour la Palme d’or. Mais hier soir, la donne a changé parce qu’on a découvert le nouveau film du cinéaste iranien Asghar Farhadi, intitulé "Un héros" qui a suscité une ovation énorme dans la grande salle Lumière avec 2000 spectateurs applaudissant à tout rompre l’équipe du film à l’issue de la projection.

Pour resituer le parcours de ce cinéaste, il faut se souvenir qu’il y a exactement 10 ans, en 2011, Asghar Farhadi explosait sur la scène internationale en remportant l’Ours d’or du Festival de Berlin, avec un drame intitulé "Une séparation", la chronique d’un divorce rendu difficile par les contraintes du régime iranien aujourd’hui (il obtint également l’Oscar du meilleur film étranger en 2012). En 2013, il tournait en France un autre drame, "Le Passé" qui valait à Bérénice Béjo un Prix d’interprétation au Festival de Cannes. Il a ensuite eu les honneurs d’ouvrir le Festival il y a 4 ans avec un film tourné en Espagne, "Todos lo saben", "Tout le monde le sait", qui malgré la présence d’un couple de star, Penelope Cruz et Javier Bardem, n’avait pas vraiment convaincu.

Et cette fois, il est retourné dans son pays, l’Iran, pour tourner un nouveau long métrage qui retrouve la force dramatique de ses meilleurs films.

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Le réalisateur Asghar Farhadi avec sa fille Sarina et l’acteur iranien Amir Jadidi © John MACDOUGALL / AFP
Le réalisateur Asghar Farhadi et sa fille Sarina Farhadi © Valery HACHE / AFP
Amir Jadidi, Asghar Farhadi, et Sarina Farhadi © CHRISTOPHE SIMON / AFP

Qui est l’homme d' "Un héros" ?

C’est l’histoire d’un père de famille divorcé, Rahim, qui purge une peine de prison parce qu’il n’a pas été capable de rembourser une énorme dette. À la faveur d’un congé pénitentiaire, il accomplit un beau geste, il retrouve une sacoche remplie de pièces d’or et au lieu de la garder à son profit, il choisit de la restituer à son propriétaire. La télévision locale s’empare de l’affaire, Rahim le repris de justice devient un héros médiatique, mais il doit vite déchanter parce qu’on le soupçonne d’avoir monté toute cette affaire pour redresser son image.

La force du film, et du cinéma de Farhadi en général, c’est qu’il parvient à créer une tension dramatique digne des meilleurs polars, alors qu’il n’y a chez lui, ni crime, ni coup de feu, juste un crescendo formidable dans les rapports entre les différents protagonistes. Le film monte en puissance inexorablement, il décrit à la fois la détresse d’un pauvre type plongé dans un tourbillon qui le dépasse, et les limites d’un système iranien où la censure et la répression ne sont jamais bien loin.

Avec ce double atout, Asghar Farhadi réussit un film très ancré dans sa culture, et en même temps, tout à fait universel. À ce stade de la compétition, aucun film ne mérite plus la Palme d’or.

La séquence du JP