Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes : Tre Piani, le retour de Nanni Moretti en compétition

Lauréat de la Palme d’Or avec "La chambre du fils" il y a vingt ans, Nanni Moretti, comme les frères Dardenne, présente chacun de ses nouveaux films sur la Croisette (et ne concourt jamais dans son pays, à la Mostra de Venise). Après l’émouvant "Mia madre" (étonnamment oublié au Palmarès) en 2015, il revient avec "Tre Piani", déjà prévu sur la Croisette en 2020.

Une fois n’est pas coutume : "Tre Piani", "Trois étages" n’est pas basé sur un scénario original, mais adapté d’un roman d’Eskhol Nevo. L’action du livre se déroulait à Tel-Aviv, Moretti l’a déplacée à Rome. Trois étages, cela signifie trois appartements, trois récits qui s’entrecroisent.

Trois étages, d'Eskhol Nevo est paru chez Gallimard

Il y a d’abord le portrait d’un couple âgé – Nanni Moretti incarne un juge, Margherita Buy son épouse – en conflit avec leur fils qui, ivre, a renversé une piétonne. Il y a ensuite un couple plus jeune, dont le mari est traumatisé par le fait que sa fille ait été emmenée dans le parc du quartier par un vieux voisin, et qui ne peut s’empêcher d’imaginer des choses… Il y a enfin une jeune mère, perpétuellement seule avec son bébé parce que son mari est parti sur des chantiers. Ces personnages, avec leurs souffrances, exprimées ou contenues, se croisent dans le même immeuble.

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Nanni Moretti avec Margherita Buy et Alba Rohrwacher © Valery HACHE / AFP
Nanni Moretti et le casting de Tre Piani arrivent sur le tapis rouge © Valery HACHE / AFP
Nanni Moretti de retour en compétition à Cannes © John MACDOUGALL / AFP

Avec la sobriété qu’on lui connaît – Moretti n’a jamais été un grand styliste de la mise en scène, préférant toujours privilégier la vérité des personnages aux effets de caméra sophistiqués -, le cinéaste explore des thèmes qui lui sont chers : le deuil, la culpabilité, la fragilité des relations humaines.

Mais on reste sur sa faim, car l’auteur des délicieux "Caro Diario" et "Habemus Papam" nous a habitués à distiller dans ses films un humour aigre-doux, une ironie subtile qui constituent véritablement sa griffe. Il avait déjà livré un drame sans cet humour avec "La chambre du fils", pour atteindre à l’émotion pure.

Mais dans "Tre Piani", il n’y a hélas pas une once d’humour, mais sans pour autant générer beaucoup d’empathie pour les principaux personnages. La pudeur qu’il instaure crée une distance ; on regarde ces destinées prendre forme sur une dizaine d’années, mais on reste finalement très extérieur face à cette chronique. Dommage.