Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes : Tout s’est bien passé, l’euthanasie selon François Ozon

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André Dussollier, Sophie Marceau, François Ozon, et Géraldine Pailhas © John MACDOUGALL / AFP
André Dussollier, Sophie Marceau, et François Ozon © AFP or licensors
André Dussollier, Sophie Marceau, François Ozon, et Géraldine Pailhas © Valery HACHE / AFP

Avec Jacques Audiard, François Ozon est un des rares cinéastes français dont l’œuvre s’exporte très bien sur la scène internationale. Par le choix de ses thèmes, par la fluidité de sa mise en scène, par ses choix de casting souvent surprenants, il a souvent réussi à captiver son public. Dans "Tout s’est bien passé", il aborde l’euthanasie avec un duo/duel père/fille inattendu, André Dussollier et Sophie Marceau.

Tout s’est bien passé

A l’origine, "Tout s’est bien passé" est un récit de la romancière Emmanuelle Bernheim relatant comment elle avait accompagné son père André, grand bourgeois collectionneur d’art, dans son désir de mettre fin à ses jours après son AVC.

Ami proche de feu l’écrivaine (celle-ci a collaboré à plusieurs de ses films avant de décéder d’un cancer il y a quatre ans), François Ozon a attendu quelques années avant de porter ce livre à l’écran. Il a réuni deux acteurs parmi les plus populaires du cinéma français avec qui il projetait de tourner depuis longtemps. Grâce à lui, Sophie Marceau, qui s’est souvent égarée dans des films médiocres, trouve ici un de ses meilleurs rôles. Quant à André Dussollier qui, lui aussi, a ces dernières années gâché son talent dans des comédies piteuses (comme la suite de "Tanguy", de sinistre mémoire), il s’est réellement investi dans ce rôle exigeant.

Dans "Tout s’est bien passé, Ozon évite avec tact tous les pièges du "film à thèse" pour se concentrer avant tout sur les relations complexes entre un père monstrueusement égocentrique et ses deux filles (Marceau et Géraldine Pailhas), sans cesse partagées entre l’admiration et l’agacement, entre l’amour et la détestation.

Il y a chez Ozon deux veines d’inspiration : l’une, cultivant l’ambiguïté et le romanesque ("Huit femmes", "Potiche", "L’amant double"), l’autre, plus sobre, plus réaliste, où sa mise en scène se met complètement au service de son sujet ("Sous le sable", "Grâce à Dieu"). On l’aura compris : "Tout s’est bien passé" fait évidemment partie de la seconde catégorie, moins originale mais pas pour autant moins maîtrisée. Avec ce drame parfois teinté d’humour, le cinéaste français va-t-il enfin figurer au palmarès du festival ? Suspense…

La chronique du JP