Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes : Les Olympiades, le retour de Jacques Audiard en compétition

Après avoir présenté son western "Les frères Sister" à la Mostra de Venise, Jacques Audiard – Palme d’Or en 2015 avec "Dheepan" – revient en sélection officielle à Cannes avec "Les Olympiades".

"Les Olympiades" est l’adaptation très libre de trois nouvelles de l’auteur de BD nippo-américain Adrian Tomine. Soit plusieurs destins qui s’entrecroisent dans ce quartier du 13e arrondissement de Paris. D’abord, il a Nora, qui veut reprendre des études de droit mais qui va vivre l’expérience douloureuse d’être prise pour Sweet Amber, une star du porno sur Internet. Il y a ensuite Emilie, une jeune Chinoise qui cherche un colocataire pour payer les charges de son appartement, et qui s’amourache de Camille, un beau gosse d’origine africaine, ancien prof, qui a pour ligne de conduite de saisir toutes les occasions qui se présentent…

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Les Olympiades © Shanna Besson
Jacques Audiard à Cannes © Lionel Hahn/Getty Images
Lucy Zhang, Makita Samba, Jacques Audiard et Noemie Merlant à la montée des marches © Daniele Venturelli/WireImage – Getty Images

Filmé en noir et blanc, avec une belle fluidité de mise en scène, "Les Olympiades" est un instantané de notre époque, à travers des jeunes protagonistes influencés par l’impact des réseaux sociaux, qui semblent avoir choisi l’opportunisme comme idéal : chacun sauve sa peau comme il peut.

Ce ton désenchanté était déjà présent dans l’œuvre originale de Tomine ; Audiard ne fait que lui donner une résonance parisienne dans son film. Et à force de décrire l’opportunisme d’une génération désillusionnée, le film lui-même semble gagné par cet opportunisme, surfant sur les valeurs très médiatisées de diversité et des combats LGBT. Propos sincère d’Audiard ou légèrement roublard ? A l’issue de la projection, un doute subsiste.

Autre film français en compétition, Titane

Ne passons pas sous silence "Titane", deuxième long-métrage de Julia Ducournau, qui avait fait un malheur avec son premier film, "Grave", portrait d’une étudiante cannibale dans une école vétérinaire.

Lire aussi : l’interview de Julia Ducournau en 2017

 

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Vincent Lindon et Julia Ducournau à la montée des marches © Valery HACHE / AFP

La jeune réalisatrice a voulu pousser le curseur encore plus loin avec "Titane", portrait d’Alexia, une serial-killer qui, pour échapper à la police, se déguise en garçon et est recueillie par un sapeur-pompier (Vincent Lindon bodybuildé) qui croit reconnaître son jeune fils disparu depuis des années. Mais Alexia va avoir de plus en plus de mal à cacher sa féminité : elle est enceinte… d’une voiture ( !) et a de régulières pertes d’huile ( !!).

Julia Ducournau filme bien. Mais ici, elle filme n’importe quoi : ce scénario, digne des corbeilles à papier de Stephen King, est débile. Mais comme beaucoup de films débiles, il risque d’être soutenu par un irréductible fan-club.