Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes : Joachim Lafosse présente demain "Les Intranquilles"

J-1 pour notre compatriote le cinéaste Joachim Lafosse au Festival de Cannes : c’est demain soir, en fin de festival, que sera projeté son nouveau film, "Les Intranquilles" qui sera le 24e et dernier film de la sélection officielle en lice pour la Palme d’Or.

A 46 ans, Joachim Lafosse n’est plus un novice en matière de festival, et il connaît bien la Croisette. Déjà, en 2012, son long-métrage "A perdre la raison", librement inspiré de l’affaire Geneviève Lhermitte, faisait sensation dans la section "Un certain regard" et Emilie Dequenne remportait d’ailleurs un prix d’interprétation.

Ensuite, quatre ans plus tard, il présentait "L’économie du couple" à la Quinzaine des Réalisateurs. Mais cette année, il réalise enfin son rêve : faire partie de la compétition pour la Palme d’Or avec son neuvième long-métrage, "Les Intranquilles".

Dans quel état d’esprit aborde-t-il cette présence dans la sélection officielle du Festival ?

Joachim Lafosse : "Je suis très heureux, je suis surtout très heureux de partager le film avec l’équipe, toute l’équipe n’a pas encore vu le film, et puis, il n’y a rien à faire, avec ce qu’on vient de vivre, d’être là, avec ce film-là, alors qu’il y a un enthousiasme dans la profession, auprès de la presse, ce qui fait et de ce qui porte le cinéma pour l’hiver qui arrive. Je suis très très content d’être-là, avec ce film-là parce que c’est un film qui compte pour moi, parce que c’est un film que je veux faire depuis très longtemps."

"Les Intranquilles", c’est le portrait d’un couple, incarné par Leila Bekti et Damien Bonnard, un couple avec un petit garçon, un couple qui s’aime passionnément… Seulement voilà : le mari, artiste peintre, est bipolaire, refuse de prendre ses médicaments qui briment sa créativité, et sa femme, désemparée, est en permanence sur le qui-vive, redoutant une nouvelle crise. Joachim Lafosse avoue volontiers avoir puisé dans ses propres souvenirs d’enfance pour élaborer le scénario de ce film…

"Comme réalisateur, j’essaie de partager, en fait, ce que j’aime, c’est d’écrire le film, pas pour le public, mais pour chaque spectateur. J’aime bien échanger, mais aussi, ça vient du fait qu’à la maison, quand j’étais petit, on parlait peu, mais quand il y avait un film, on se mettait à échanger, et tout d’un coup, on se livrait. Et plein de choses qu’on n’osait pas dire, on ne parlait pas de la psychose, on ne parlait pas de la maniaco-dépression, mais on parlait de "Kramer contre Kramer" quand on l’avait vu à l’Ecran Témoin et que Jacques Bredael en avait parlé. Et vraiment, j’attendais presque les moments où il y allait avoir un film et qu’on puisse se parler. Et je pense que je fais des films pour la même raison."

C’est vendredi soir qu’aura lieu la projection officielle du film "Les Intranquilles". Être programmé en fin de festival n’est pas forcément un mauvais agenda, ça avait porté chance en 1999 à un certain film belge : c’était "Rosetta" des frères Dardenne qui décrochait une inattendue Palme d’Or.