Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes : Haut et fort, le film favori surprise de Nabil Ayouch

Il faut toujours se méfier des films projetés en fin de festival. "Haut et fort", le nouveau long-métrage du cinéaste marocain Nabil Ayouch, a en effet tout pour plaire au jury présidé par Spike Lee.

Au début du film, on suit Anas, un ancien rappeur, qui cherche son chemin dans les faubourgs de Casablanca. Il a été engagé comme professeur de musique dans un centre culturel ; il décide d’y créer un atelier d’initiation au hip-hop et au rap. Ses jeunes élèves, garçons et filles, d’abord timides, vont apprendre à s’affirmer, à exprimer leurs rêves et leurs révoltes. Mais cette parole libérée va susciter des remous ; Anas doit affronter le conservatisme de plusieurs de leurs parents…

Dans tous ses films, Nabil Ayouch veut secouer le cocotier dans la société musulmane du Maroc – souvenons-nous de "Much loved", portrait de prostituées qui avait fait scandale. Ici, il s’empare d’un genre dramatique usé jusqu’à la corde, le "film de collège", où les jeunes d’une classe trouvent leur gourou en la personne d’un professeur anticonformiste qui va les révéler à eux-mêmes.

5 images
Le réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch © Valery HACHE / AFP
Le casting du film "Haut et fort" en haut des marches à Cannes © Valery HACHE / AFP
Le casting de film "Haut et fort" © Valery HACHE / AFP

Ayouch se contente de toiletter le genre en le truffant d’ingrédients on ne peut plus "concernant" aujourd’hui : le rap, l’interrogation de la jeunesse sur comment vivre sa religion, le combat féministe. Le tout rythmé par des scènes de danse et de musique qui achèveront de séduire, très probablement, les membres du jury.

Et aussi : "France" de Bruno Dumont

Bruno Dumont fait partie de ces auteurs très singuliers du cinéma français. Il a signé des films importants, tournés dans le Nord Pas-de-Calais, comme "L’humanité" ou "Flandres". Dans son nouveau film, Bruno Dumont s’est mis en tête de réaliser une satire du journalisme télévisuel, à travers le personnage de France De Meurs, incarnée par Léa Seydoux, journaliste star, grand reporter qui n’hésite pas à se mettre en scène dans des pays en guerre pour verser dans le sensationnalisme et faire grimper l’audimat…

Bruno Dumont enfonce une série de portes ouvertes dans ce film intitulé "France", et il le fait avec une maladresse très embarrassante : le réalisateur ne connaît visiblement rien au monde de la télévision, et ce portrait charge d’une présentatrice arriviste est d’une naïveté telle qu’il en devient ridicule. "France", c’est vraiment l’indiscutable navet de cette sélection officielle.

La séquence du JP