Festival de Cannes, le 4ème film en compétition : "Plaire, aimer et courir vite", la néo-Nouvelle Vague

Pierre Deladonchamps, le réalisateur Christophe Honore et Vincent Lacoste à la projection de "Plaire, aimer et courir vite"
Pierre Deladonchamps, le réalisateur Christophe Honore et Vincent Lacoste à la projection de "Plaire, aimer et courir vite" - © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP

Avec Bertrand Bonello et Arnaud Desplechin, Christophe Honoré fait partie de ces représentants d’un cinéma d’auteur français porté aux nues par une certaine critique parisienne (le fameux trio Libé/Inrocks/Télérama). Onze ans après avoir été sélectionné à Cannes avec "Les chansons d’amour", il revient en compétition avec "Plaire, aimer et courir vite".

C’est une histoire d’amour entre deux hommes au début des années 90, quand le SIDA fait des ravages. D’un côté, Jacques (Pierre Deladonchamps), romancier et dramaturge trentenaire qui cache derrière son arrogance une sensibilité d’écorché vif. De l’autre, Arthur (Vincent Lacoste), étudiant breton de vingt ans, joyeux et plutôt désinvolte. Arthur va tomber amoureux de Jacques lors d’une visite professionnelle de ce dernier à Rennes. Mais Jacques est réticent à vivre une nouvelle passion : ce n’est pas tant la différence d’âge qui l’embarrasse que sa santé fragile et menacée, car il est séropositif.

Christophe Honoré est un scénariste spirituel qui peut même faire preuve d’humour dans ses dialogues. Mais cela fait-il pour autant de lui un cinéaste d’envergure ? Non. Car Honoré semble éternellement lorgner vers les cinéastes de la Nouvelle Vague et ce, plus de cinquante ans après leurs meilleurs films. Son Arthur serait comme une sorte de version homosexuelle de l’Antoine Doinel de Truffaut transposé au temps du SIDA… La fraîcheur et la spontanéité en moins, la prétention en plus. Car si "Plaire, aimer et courir vite" émeut si peu et agace si vite, c’est parce que ses personnages – Jacques en tête – sont égocentriques, maniérés et antipathiques.

L’autre problème majeur du film est d’ordre conjoncturel. Le film d’Honoré arrive dans la compétition un an après "120 battements par minute" de Robin Campillo qui a remporté le Grand Prix du Jury en 2017 et qui abordait le drame du SIDA de manière frontale et documentée à travers le combat d’Act up. Même sans être inconditionnel de ce film, force est de reconnaître qu’il avait une ambition véritable et que "Plaire, aimer et courir vite" souffre de la comparaison avec ce prédécesseur sur la Croisette.