Cannes Jour 8 : avec "Rodin" et "Les Proies", les retours de Jacques Doillon et Sofia Coppola

Sofia Coppola, Colin Farrell et Nicole Kidman
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Sofia Coppola, Colin Farrell et Nicole Kidman - © VALERY HACHE - AFP

C’est une stratégie éprouvée : certains films présentés au Festival de Cannes sortent immédiatement en salles, pour profiter de la vague médiatique créée sur la Croisette. C’était le cas des "Fantômes d’Ismaël" d’Arnaud Desplechin, présenté en ouverture du festival mercredi dernier, et c’est le cas de "Rodin" de Jacques Doillon, en compétition et dans les salles ce mercredi.

Rodin

Jacques Doillon saisit Auguste Rodin à un moment précis de sa carrière : quand, en 1880, à l’âge de quarante ans, il reçoit enfin sa première commande de l’Etat français : Les portes de l’enfer. Pour cette grande composition, il concevra des figurines qui feront sa gloire comme Le baiser ou Le  penseur. A la même époque, Rodin vit une relation passionnelle avec sa jeune élève Camille Claudel (Izïa Higelin), alors qu’il est marié avec Rose, une femme du peuple qui tolère de plus en plus difficilement ses écarts…

Doillon voulait Vincent Lindon pour "Rodin". L’acteur s’est investi corps et âme, prenant des cours de sculpture pendant plusieurs mois pour être crédible. Physiquement, le résultat est tout à son honneur : Lindon impose une solide présence et un vrai charisme dans le rôle de l’artiste, et se montre comme l’homme de la situation. A ceci près qu’il marmonne dans sa grosse barbe les dialogues trop littéraires de Jacques Doillon, obligeant le spectateur à tendre trop fréquemment l’oreille… Le problème se situe d’ailleurs dans cette approche trop "écrite" : au lieu de livrer un film sensuel, Doillon, cinéaste cérébral, intellectualise son sujet. "Rodin"aurait dû être un film vibrant et frémissant, il se révèle assez froid et ennuyeux.

The Beguiled (Les proies)

En pleine Guerre de Sécession, cinq jeunes filles vivent en vase clos dans un pensionnat de Virginie, encadrées par une institutrice et la directrice de l’établissement, Miss Martha. Lorsqu’une des pensionnaires découvre aux abords de la propriété un soldat nordiste blessé, Martha décide de l’héberger pour le soigner, mais cette présence virile va rapidement troubler la vie de ce petit gynécée…

Le roman de Thomas Cullinan avait été déjà porté à l’écran par Don Siegel en 1971, avec Clint Eastwood dans le rôle du soldat. Si Sofia Coppola s’est aventuré dans ce remake, c’était pour repartir du roman original et tenter de raconter cette histoire d’huis-clos en choisissant cette fois le point de vue féminin. Cette fois, c’est Colin Farrell qui incarne le soldat, tandis que Nicole Kidman joue Miss Martha, aux côtés de Kirsten Dunst et d’Elle Fanning. A l’écran, cette nouvelle version des " Proies " est ce qu’il est convenu d’appeler un " joli objet de cinéma " : la photo est léchée, le casting est majoritairement convaincant… Mais l’ensemble ne dépasse pas les limites d’un film de genre ; c’est un élégant exercice de style qui n’a rien de déshonorant, mais qui ne suffira pas à réinstaller Sofia Coppola dans le club des grands cinéastes qui comptent aujourd’hui.