Cannes Jour 6 : "Happy End", Michaël Haneke en mode choral

Michael Haneke, Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert et Mathieu Kassovitz
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Michael Haneke, Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert et Mathieu Kassovitz - © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP

L’évènement du jour, c’est évidemment le retour du cinéaste autrichien Michaël Haneke en compétition, cinq ans après le triomphe de son film précédent, "Amour", lauréat de la Palme d’Or, des Césars et des Oscars… Son nouveau film s’intitule "Happy End".

 

Happy end

Comme de coutume chez Haneke, le synopsis de son film présenté dans le programme officiel du Festival est on ne peut plus laconique : "Tout autour de nous le Monde et nous au milieu, aveugles." Instantané d’une famille bourgeoise européenne. Car Haneke déteste expliquer ses intentions et commenter ses films, préférant laisser le champ ouvert le plus largement possible pour le spectateur.

Or donc, ce spectateur découvre ici une grande famille de Calais, les Laurent, qui se partagent un grand hôtel de maître à Calais. Il y a Georges (Jean-Louis Trintignant), le patriarche peu bavard. Il y a ses enfants Anne (Isabelle Huppert), chef d’entreprise qui se débat avec un accident sur un de ses chantiers, et Thomas (Mathieu Kassovitz) qui se voit contraint d’héberger Eve (la jeune mouscronnoise Fantine Harduin), la fille de son premier mariage, dont la maman est hospitalisée…Chacun affiche un comportement affable de personne bien éduquée, mais chacun essaie surtout de cacher des secrets pas forcément très reluisants.

Chez Haneke, le non-dit et le hors-champ, autrement dit l’implicite, est généralement aussi important, voire plus, que l’explicite. Mais dans "Happy End", l’implicite n’est pas d’une originalité folle. Car que nous dit le cinéaste autrichien dans ce drame familial en le plaçant à Calais ? Que les bourgeois s’occupent de leurs petits problèmes en circuit fermé, et ne voient pas la misère des réfugiés tous proches, à Sangatte ? Que Facebook et autre Snapchat ont remplacé la vraie communication entre les êtres humains ? Que l’hypocrisie règne en maître ? Tout cela, en définitive, se résume un peu à enfoncer des portes ouvertes…

Le seul, dans ce film décevant, à tirer son épingle du jeu, c’est Trintignant qui, à 86 ans, n’a rien perdu de son charisme et apporte de l’épaisseur à son personnage.  Mais on voit mal Haneke repartir avec un nouveau trophée majeur ce dimanche à Cannes.

The killing of the sacred deer

Il y a deux ans, le cinéaste grec Yorgos Lanthimos remportait le Prix du Jury avec sa fable ésotérique "The Lobster" ; il est de retour en compétition avec "La mise à mort du cerf sacré". Colin Farrell y incarne Steven, un chirurgien réputé, marié à une ophtalmologiste (Nicole Kidman) et père de deux enfants. On voit Steven prendre sous son aile un adolescent, Martin,  qui a perdu son père après une grave opération… Le garçon s’immisce de plus en plus dans sa vie, jusqu’à mettre en péril, comme par magie noire, la santé de ses deux enfants.

L’idée d’un adolescent maléfique qui contamine une famille est un ressort digne d’un roman de Stephen King. Mais Lanthimos ne veut pas se contenter de mettre en scène un thriller fantastique, il veut manifestement échapper au film de genre pour signer une grande œuvre métaphorique… D’accord, mais métaphorique de quoi ? Pour faire son intéressant, le réalisateur grec multiplie les effets de manche, parcourant avec sa caméra les couloirs de la clinique de Steven comme s’il refaisait un "Shining" sur le mode hospitalier. Mais n’est pas Stanley Kubrick qui veut, et Yorgos Lanthimos n’a décidément pas les moyens de sa politique. "The killing of the sacred deer" est, en définitive, aussi pompeux que son titre, accueilli par d’insistants sifflets à l’issue de la vision de presse.

Geu-Hu (Le jour d’après)

Areum, délicate jeune femme, s’apprête à vivre son premier jour dans une petite maison d’édition. L’employée qu’elle remplace était la maîtresse du patron. Alors qu’elle prend ses marques, Areum voit débouler la femme de ce patron, qui a découvert l’infidélité de son mari et qui, furieuse, la gifle d’emblée… Comment Areum va-t-elle se dépêtrer de ce quiproquo ?

Le cinéaste coréen filme ce vaudeville intimiste en noir et blanc, avec un style minimaliste. Sa caméra suit, en longs plans séquences, les conversations animées de quatre protagonistes : Areum, le patron, la femme du patron et sa maîtresse… C’est tout ? Oui. Et c’est en compétition à Cannes ? Oui. Et pourquoi donc ? Allez savoir… Les choix du délégué général Thierry Frémaux sont comme les Voies du Seigneur : impénétrables.