Cannes Jour 10 : avec "In the fade", Diane Kruger trouve son plus grand rôle

Diane Kruger à Cannes
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Diane Kruger à Cannes - © VALERY HACHE - AFP

Cela fait quinze ans que Diane Kruger mène une carrière internationale, tournant à Hollywood sous la direction de Quentin Tarantino ("Inglorious Bastards") ou en France face à Dany Boon ("Un plan parfait")… Il a fallu qu’elle retourne dans son pays natal, l’Allemagne, pour qu’elle décroche enfin un rôle mémorable, dans "In the fade" de Fatih Akin.

In the Fade

Le synopsis du film détaillé dans le programme du festival est concis et sans mystère : " La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance. " Le film est construit comme une tragédie en trois actes : primo, l’attentat, secundo, le procès des auteurs de l’attentat avec une issue décevante pour Katja, tertio, la tentative de la jeune femme de se faire justice elle-même.

Fatih Akin a eu envie d’écrire "In the fade" après la série de meurtres commis dans les années 2000 en Allemagne contre des citoyens d’origine turque par des membres du groupuscule néo-nazi NSU. Ce qui choquait profondément le cinéaste, c’était que l’enquête de la police s’était d’abord orientée vers les victimes elles-mêmes : "selon les enquêteurs, celles-ci étaient forcément impliquées dans du trafic de drogue" explique Akin, "et les meurtres ne pouvaient être que des règlements de compte de la mafia turque ! "

Le réalisateur s’est inspiré de ce scandale pour "In the fade" ; dans son film, Katja est une allemande mariée à Nuri, un homme d’origine kurde qui a fait de la prison mais qui a réussi à se réinsérer et à mener une vie paisible avec leur petit garçon. Après l’attentat, qui survient au début du film, la caméra de Fatih Akin ne quitte plus Katja d’une semelle, filme son deuil, sa révolte pendant l’enquête et le procès des auteurs de l’attentat…

"In the fade" n’est donc pas un thriller politique ; c’est surtout le voyage émotionnel d’une femme désemparée. Diane Kruger s’est jetée corps et âme dans ce rôle, elle tourne le dos à son élégance de top model pour incarner une femme d’origine modeste, peu ou mal maquillée, dont le physique fatigué trahit sa dépression… Si le film existe et fonctionne, c’est grâce à elle. Depuis ce vendredi, Diane Kruger est la candidate la plus sérieuse au prix d’interprétation féminine de ce 70ème Festival de Cannes.

L’amant double

Autre portrait de femme, celui de Chloé, une jeune femme fragile qui cherche à calmer ses angoisses en consultant un psy. Après quelques consultations, Chloé et son thérapeute, Paul, tombent amoureux l’un de l’autre. Ils décident de vivre ensemble… Mais très vite, la jeune femme voit ses inquiétudes ressurgir ; elle est persuadée que Paul lui cache un secret. Elle lui découvre un frère jumeau, Louis, et s’aventure à prendre contact avec lui. Chloé se retrouve alors prise en tenaille entre les deux frères…

François Ozon aime trouver son inspiration dans des sources très diverses : un vieux film de Lubitsch pour "Frantz", un vaudeville de Barillet et Grédy pour " Potiche ", etc. Cette fois, il adapte librement un polar de Joyce Carol Oates, signé sous pseudonyme et intitulé "Lives of the twins". Ozon qualifie lui-même "L’amant double" de "thriller érotique", cite volontiers comme références Hitchcock, Brian De Palma ou encore David Cronenberg, qui avait filmé en 1988 Jeremy Irons dans un double rôle de frères jumeaux manipulateurs dans "Dead Ringers". A entendre Ozon, "L’amant double" ne serait donc qu’un film de genre, qui obéit à certains codes en vigueur, et qui alterne des passages obligés – à savoir des scènes de sexe et des scènes d’effroi…

Or le propos du film est sans doute moins lisse et plus personnel que le cinéaste ne veut laisser l’entendre, et il y a fort à parier qu’Ozon a profité du canevas du roman pour y glisser quelques obsessions très personnelles. Si on accepte de laisser son esprit cartésien au vestiaire, et de se laisser porter par une intrigue qui oscille entre permanence entre réalité et fantasme, entre les faits et les rêves, "L’amant double" s’avère assez séduisant. Jérémie Renier est bien plus convaincant que d’habitude dans un double rôle, et Marine Vacth – révélée il y a quatre ans par le même Ozon dans "Jeune et jolie" - impose sa beauté mystérieuse et son charisme comme sans effort. Ça s’appelle la grâce cinégénique.