Cannes Jour 4 avec "120 battements par minute ",le premier film français en compétition

120 battements par minute
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120 battements par minute - © Robin Campillo

Au programme de ce samedi : le premier des quatre films français en compétition, "120 battements par minute" de Robin Campillo, et une satire suédoise, "The Square" de Ruben Oslund.

120 battements par minute

Même si Campillo  n’aime pas cette désignation, c’est un fait : "120 battements par minute" est déjà un film d’époque, à la fois si lointaine et si proche. A savoir le tout début des années 1990 en France, lorsque le mouvement Act Up, né en pleine épidémie du SIDA, essaie à travers des actions-choc de secouer les autorités pour venir en aide aux homosexuels séropositifs marginalisés…

Robin Campillo, qui n’a jamais fait mystère de son homosexualité, a rejoint les rangs d’Act Up. Et aujourd’hui, son film sonne juste parce qu’il sent le vécu. C’est sa force mais aussi sa faiblesse. Car la réalisateur, proche complice du cinéaste Laurent Cantet (Palme d’or pour " Entre les murs ") a réalisé une longue chronique de deux heures vingt comme s’il avait feuilleté son livre de souvenir. Il alterne les scènes de réunion hebdomadaire du mouvement, les actions violentes face à un laboratoire pharmaceutique, et les scènes intimes de sexualité entre certains membres du mouvement. Résultat : le film va d’abord et surtout émouvoir la communauté gay, mais s’adresse tellement aux initiés qu’il risque de ne guère toucher un public plus large. Par contre, il ne laissera sans doute pas insensible le président du jury Pedro Almodovar.

The Square

Qu’est-ce qui différencie fondamentalement aujourd’hui le cinéma dit "commercial" et le cinéma d’auteur ? Le cinéma commercial produit des films faciles à positionner : des comédies romantiques, des drames, des polars… Alors que le cinéma d’auteur défie les genres et les mélange allègrement, quitte à plonger le spectateur dans une certaine perplexité. Le film suédois "The Square" fait partie de ceux-là.

Le cinéaste Ruben Ostlund dresse le portrait de Christian, conservateur d’un musée d’art contemporain à Stockholm. Christian porte beau, défend des valeurs humanistes dans ses expositions, a tout pour séduire. Mais lorsqu’un matin dans la rue, il se fait voler son téléphone et son portefeuille, des instincts bien moins avouables se réveillent en lui. The Square" décrit la chute inexorable de cet homme d’apparence si respectable, avec un regard d’une ironie féroce. Ce n’est ni un drame ni une comédie, c’est plutôt un film traversé par un humour noir d’une férocité réjouissante. "The Square" est d’inspiration inégale, alourdi par quelques longueurs – le film fait 2H20 – mais heureusement qu’il existe des festivals comme Cannes pour proposer ce genre d’OVNI…