L'interview de Woody Allen à Cannes pour "Café Society"

L'interview intégrale de Woody Allen venu présenter son nouveau film "Café Society" à Cannes, hors compétition, mais en ouverture du Festival.

Hugues Dayez : Après avoir réalisé plus de 40 films, la question est très simple, comment trouvez-vous des nouvelles idées ?

Woody Allen : Les idées, c’est facile, c’est la réalisation de ces idées qui pose problème. Durant l’année, j’ai beaucoup d’idées, mais quand j’essaie de les écrire, la plupart ne se développent pas bien, et je les jette. Mais certaines se développent bien et je sais que je pourrais en faire des films. Avoir des idées, durant la journée, en prenant un journal, et puis vous allez à un dîner, vous parlez à des amis, vous vous promenez en rue, et plein d’idées vous arrivent comme des histoires potentielles.

Vous habitez et vous travaillez à Manhattan, très loin du monde hollywoodien, qu’est-ce que vous trouvez si attirant à décrire l’âge d’or d’Hollywood dans " Café Society " ?

C’est le charme et le glamour de cette période. Quand on vivait à New-York, tout ce qu’on pouvait lire à propos d’Hollywood, alors que personne ne pouvait y aller, à propos des stars de cinéma, ces femmes magnifiques, ces hommes beaux, qui allaient dans les night-club, qui allaient boire, et danser, avec les réalisateurs, les producteurs, ils vivaient tous une vie mythique... On adorait ça, et faire des films qui se passent à cette période est très amusant, ça recréée l’ambiance de l’époque. D’autres réalisateurs ont fait la même chose, les frères Coen ont fait un film sur ces années-là, Scorsese a recréé l’époque magnifiquement, c’est une période très séduisante.

Vous avez choisi Kristen Stewart et Jesse Eisenberg, cette fois-ci, ce sont des acteurs de la nouvelle génération, comment faites-vous le casting d’un film comme ça, vous aimez aller voir les films d’autres réalisateurs, et vous repérez tel ou tel talent ?

J’aime aller voir des films, le problème c’est qu’il n’y a pas assez de bons films ! là où j’ai grandi, il y avait des millions de bons films, et maintenant, il y a vraiment peu de très bons films qui valent la peine d’être vus, mais je les vois. Et je regarde mon scénario, avec mon directeur de casting, on se met à lancer des noms, c’est comme jouer un jeu, qui serait bon pour jouer tel rôle, et on parle beaucoup... et quand le nom de Kristen Stewart est sorti, nous avons pensé tous les deux qu’elle serait parfaite pour ça. Quant à Jesse, j’ai toujours pensé qu’il avait le privilège à cet âge, il est la personne parfaite qui à son âge peut jouer n’importe quel rôle avec conviction.

Souvent vous travaillez avec des amis, comme Alan Alda, Diane Keaton, et dans vos derniers films, vous essayez de trouver de nouvelles collaborations, c’est une partie du plaisir ?

Oui, Keaton et moi avons travaillé ensemble pendant des années, mais ce qui arrive, c’est que nous vieillissons et que nous ne sommes plus capables de jouer le même rôle. Le rôle que je jouais avec Keaton était romantique, je lui courais toujours après et nous avions une relation amoureuse. Maintenant c’est une femme plus âgée, et je suis un homme plus âgé, et nous ne pouvons plus faire la même chose. Et pour raconter ces histoires, vous avez besoin de personnes plus jeunes, et Jesse et Kristen sont parfaits. Comme on l’a dit quand j’ai travaillé avec Scarlet Johansson ou Emma Stone, elles sont parfaites pour les histoires que je raconte.

Dans le film, Bobby dit : " la vie est une comédie écrite par un écrivain sadique ", c’est votre philosophie ?

Oui, moi je n’écris que des films, mais celui qui est responsable du scénario existentiel de la vie a fait un boulot assez méchant. Vous pouvez regarder par exemple un homme qui trompe sa femme, avec une autre femme, et ils se disputent, et il passe des conversations téléphoniques, et se cacher pour la voir... nous regardons ça et nous en rions parce que c’est drôle, il est presque démasqué et puis il n’est pas pris sur le fait, et il se cache... En fait, c’est une réalité assez douloureuse pour les personnes qui sont impliquées dans cette histoire. Le mariage ne se passe pas bien, l’épouse est trompée, leurs vies sont vides, mais nous en rions. Et c’est assez cruel. Donc, je pense qu’on peut rire de certaines choses, mais quand on y regarde plus près, elles ne sont pas très séduisantes.

Une dernière chose, on sait que vous n’aimez pas les compétitions entre films, mais que pensez-vous du festival de Cannes, quelle est l’utilité, l’importance d’un événement comme celui-ci de nos jours ?

Oh, c’est agréable de venir ici, et de voir des gens qui aiment bien les films, vous n’avez pas besoin d’être en compétition, c’est amusant, le public est enthousiaste pour les films, je rencontre plein de gens de l’industrie cinématographique que je ne vois jamais et que j’ai l’occasion de saluer, j’ai l’occasion d’aller dans le Sud de la France qui est charmant, ma femme adore venir, nous avons passé beaucoup de temps dans le Sud de la France quand j’y ai tourné un film, nous aimons venir ici. Nous venons quelques jours et c’est agréable.

Ce soir, " Café Society " est projeté en avant-première à Cannes, mais également à Bruxelles, à Bozar, vous étiez venu jouer à Bozar avec votre groupe, il y a quelques années, donc, si vous pouviez dire bonjour au public de Bruxelles ...

Oui, je suis heureux de saluer Bruxelles, et j’espère que vous apprécierez le film ce soir, j’ai eu l’occasion de venir jouer avec mon orchestre là il y a quelques années, et je me suis bien amusé.