Festival de Cannes, le 3ème film de la compétition : "Leto", Back in the USSR

A la projection du film "Leto", Kirill Serebrennikov, détenu en Russie, était représenté par une pancarte à son nom, portée par le casting de son film
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A la projection du film "Leto", Kirill Serebrennikov, détenu en Russie, était représenté par une pancarte à son nom, portée par le casting de son film - © ALBERTO PIZZOLI - AFP

Le 22 août 2017, le cinéaste et metteur en scène de théâtre russe Kirill Serebrennikov était arrêté et assigné à résidence dans son appartement de Moscou. Motif : détournement de subsides publics. Selon ses partisans, il s’agit d’une machination politique, Serebrennikov étant une des personnalités les plus remuantes du paysage culturel russe. Résultat, le cinéaste n’a pas pu faire le déplacement vers la Croisette, où son nouveau film "Leto" ("L’été") est en compétion.

"Leto" dresse le portrait d’une époque et d’un microcosme. L’époque, c’est le début des années 80 à Leningrad. Le microcosme, c’est celui de Mike, chanteur rock fan de Lou Reed et de David Bowie, qui repère un jeune talent, Viktor Tsoï qui va enflammer la jeunesse avec son groupe Kino. Mais être rockstar sous le règne de Leonid Brejnev est un combat de tous les instants : pour pouvoir se produire sur scène à la "Maison du rock", les artistes doivent soumettre les paroles de leurs chansons à un comité de sélection qui les passe au peigne fin pour repérer (et censurer) tout propos éventuellement subversif…

Kirill Serebrennikov a été arrêté en plein tournage de son film, et l’a monté sur son ordinateur, cloîtré dans son appartement. Cette genèse difficile ne se voit pas à l’écran : "Leto" n’a jamais l’allure d’un film bancal, il regorge de vitalité et d’humour. Pour éviter le "biopic" trop littéral, le cinéaste a imaginé des intermèdes en forme de fantasmes où les protagonistes entonnent avec la populace de Leningrad des tubes anglo-saxons ("Psycho Killer" des Talking Heads, "Passenger" d’Iggy Pop)… Effet de décalage garanti !

Malgré quelques petites longueurs, "Leto", filmé en noir et blanc avec la complicité d’excellents acteurs méconnus chez nous, séduit. Il pourrait se retrouver au Palmarès, car ce faisant, le jury couronnerait à la fois un film réussi et accomplirait un geste politique en faveur de la liberté d’expression en Russie.