Cannes Jour 7 : Trois portraits de femme, un espagnol, un brésilien et un français

 Adriana Ugarte, Pedro Almodovar et Emma Suarez
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Adriana Ugarte, Pedro Almodovar et Emma Suarez - © AFP PHOTO / Valery HACHE

JULIETA

Julieta est une quinquagénaire qui vit à Madrid, mais qui s’apprête à changer de vie et à partir vivre au Portugal avec son compagnon. Lorsqu’elle croise en rue de façon inopinée une amie d’enfance de sa fille, cette rencontre la bouleverse. Elle décide de rester à Madrid et de replonger dans son douloureux passé, ses rapports difficiles avec sa fille, ses nombreux remords…

Pour son nouveau film – après sa comédie "Les amants passagers" de sinistre mémoire -, Pedro Almodovar s’est inspiré de plusieurs nouvelles du Prix Nobel de littérature Alice Munro. Esthétiquement, les fans du cinéaste madrilène ne seront pas trop dépaysés : on retrouve dans "Julieta" les couleurs souvent bariolées si cher à l’auteur de "Femme au bord de la crise de nerfs". Il explique pourquoi :

" Je suis né avec le Technicolor, je voyais enfant ces films avec des couleurs très  tranchées, très vivantes. Quand j’ai commencé à faire des films, j’ai recherché à retrouver ces couleurs, mais c’était impossible parce que les procédés chimiques ont changé… Mes films sont souvent baroques ; je suis un enfant des années 60, j’ai grandi avec le pop art… Pour toutes ces raisons, j’aime bien exagérer la couleur dans mes films "

Si esthétiquement, "Julieta" est bien un film d’Almodovar, on n’y retrouve plus ce mélange si personnel de drame et de comédie, de sérieux et de burlesque qui caractérisait "Tout sur ma mère". En vieillissant, Pedro devient plus sombre, mais son cinéma ne gagne pas pour autant en densité : "Julieta" manque de relief et reste assez plat. Pas de quoi, a priori, remporter une Palme d’Or.

AQUARIUS

"Aquarius" est le nom d’un vieil immeuble de Recife, sur la belle Avenida Boa Viagem, face à l’océan. Clara, sexagénaire au caractère bien trempé, reste la seule propriétaire d’un appartement dans l’immeuble, tous ses voisins ont revendu leur logis à une société immobilière qui entend bien rénover l’ "Aquarius" de fond en comble… Mais rien n’est possible tant que Clara refuse, elle, de vendre. Commence alors une guerre des nerfs entre cette femme, qui a connu les combats sociaux des années 60, et le jeune manager immobilier aux dents longues.

Le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho tenait là un bon sujet pour montrer, à travers ce duel, deux conceptions du Brésil qui s’opposent. Mais il semble tellement hypnotisé par le charisme de son actrice principale, la grande Sonia Braga, qu’il multiplie les scènes anecdotiques pour montrer toutes les facettes de son héroïne. Résultat, " Aquarius " est trop long et mal construit, et ne convainc qu’à moitié.

PERSONAL SHOPPER

Maureen est l’assistante d’un top model, elle passe ses journées à faire les boutiques de luxe à sa place pour lui préparer sa garde-robe. Mais la jeune fille vient de perdre son frère jumeau, terrassé par un problème cardiaque. Maureen est persuadée qu’elle a des talents de medium, et croit percevoir des messages de son frère… A moins que ce ne soit d’un esprit mal intentionné ?

Le cinéaste français Olivier Assayas a essuyé les premiers sifflets de la sélection officielle : "Personal shopper", qui flirte maladroitement avec les codes du film d’horreur, est empli d’un vide abyssal… On a le sentiment que le projet n’est qu’un prétexte pour filmer Kristen Stewart en petite culotte. On est content pour Assayas qu’il ait pu assouvir son fantasme, mais il n’était pas nécessaire d’investir le festival de Cannes pour l’imposer à la presse internationale. Vous avez dit "navet" ?