Cannes Jour 6 : Jeff Nichols et Jim Jarmusch, deux cinéastes américains indépendants en compétition

LOVING

"Loving" est un excellent titre. Car littéralement, il désigne l’état amoureux. Mais il s’agit aussi du nom de famille des deux protagonistes du film. Richard Loving est blanc, Mildred est noire. En 1958, ils décident de partir se marier en secretdans l’Etat de Washington. Mais là où ils vivent, c’est en Virginie, un Etat où la ségrégation raciale interdit les mariages mixtes… Du jour au lendemain, les Loving deviennent des hors-la-loi. Leur destin va interpeller le Mouvement  des droits civiques, qui va porter l’affaire jusqu’à la Cour suprême…

C’est l’excellent acteur australien Joel Edgerton qui incarne Richard Loving à l’écran. Il témoigne : " Ce film était très particulier parce que son style est calme et méditatif, à l’image de la situation qui était vécue très simplement. Le guide pour nous, c’était la vérité historique.  Montrer comment tout ça s’est vraiment passé, et nous avons eu accès aux archives du couple et des membres de la famille. "

Edgerton a raison : le réalisateur Jeff Nichols traite cette histoire essentielle de la société américaine avec une pudeur et une sobriété à des années-lumière du sentimentalisme hollywoodien. Après ses excellents "Take shelter" et "Mud", "Loving" confirme que Nichols est un des auteurs à suivre du cinéma indépendant.

PATERSON

Jim Jarmusch, lui, est un "enfant de Cannes". Il a été révélé sur la Croisette il y plus de trente ans par "Stranger than Paradise", lauréat de la Caméra d’Or. Depuis lors, il a souvent été retenu dans la sélection officielle. Son nouveau long-métrage, "Paterson", dépeint le quotidien d’un chauffeur de bus nommé Paterson… dans la bourgade de Paterson (quel humour, ce Jim !) Cette bourgade de la Côte Est qui a vu grandir les poètes William Carlos Williams et Allan Ginsberg inspire notre héros, qui noircit son petit carnet de poésies de son cru avant de prendre chaque matin le volant de son véhicule. Le soir, il retrouve sa compagne Laura, fan de décoration et de cupcakes…

Jarmusch suit leur vie au jour le jour pendant toute une semaine. Comme de coutume dans ses derniers films, le scénario est minimaliste, émaillé de quelques "running gags", le rythme est lent et répétitif. Jarmusch a ses fans, qui le suivent depuis des années envers et contre tout. Les cinéphiles moins aveuglément passionnés trouveront que la plaisanterie a assez duré et que, depuis "Broken flowers", le cinéaste masque mal son manque d’inspiration par quelques pirouettes de style.