Cannes Jour 5 Trois femmes en compétition : la Française Nicole Garcia, l'Anglaise Andrea Arnold, l'Allemande Maren Ade

Nicole Garcia à Cannes
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Nicole Garcia à Cannes - © VALERY HACHE - AFP

" Mal de pierres " de Nicole Garcia

Sud de la France, dans les années 1950. Gabrielle (Marion Cotillard), fille jugée névrotique et indomptable, est mariée de force par ses parents cultivateurs à l’un de leurs ouvriers. Souffrant de calculs aux reins (d’où le titre du film), Gabrielle part faire une cure dans un établissement thermal en Suisse, où elle va tomber éperdument amoureuse d’André (Louis Garrel), un militaire revenu d’Indochine…

Marion Cotillard, Nicole Garcia et le producteur Alain Attal sont des habitués de la compétition cannoise, ce sont des "membres du club", c’est ce qui explique sans doute que "Mal de pierres" se retrouve en compétition cette année. Le film n’est pas déshonorant, mais il n’est pas non plus passionnant. La mise en scène, élégante mais très sage de Garcia, peine à apporter un souffle original à ce drame passionnel qui n’apporte pas grand-chose de neuf à la tradition du cinéma "qualité française". On voit mal le film figurer au Palmarès.

 

"American Honey" d’Andrea Arnold

Andrea Arnold fait aussi partie du club des "amis de Cannes" : elle a déjà remporté deux prix avec ses films précédents et a été membre du jury…

Son nouveau film s’inspire d’un article paru dans le New York Times en 2007, une enquête qui décrivait le travail de porte-à-porte de jeunes vendeurs de magazines à travers les Etats-Unis. Des jeunes sans le sou qui se déplacent collectivement en camionnette, et qui font la fête chaque soir dans les motels miteux pour tenter d’oublier leur journée difficile, rythmée par des ventes hasardeuses.

Arnold a suivi un de ces groupes, a parcouru l’Amérique profonde, puis a fait un casting énorme pour trouver une quinzaine de jeunes visages capables d’incarner ces vendeurs… A l’exception de Shia Labeouf, acteur hollywoodien qui s’encanaille aujourd’hui dans le cinéma indépendant, les acteurs de "American Honey" sont donc des nouveaux venus.

La cinéaste anglaise a très probablement vécu une expérience de tournage très intense en parcourant des centaines de miles avec toute cette bande… Hélas, cette expérience est nettement plus intéressante que le film qu’on voit à l’écran. Incapable de prendre du recul, Arnold signe un interminable long-métrage de 2H40 truffé de clichés sur la jeunesse marginale et rebelle, et surtout terriblement répétitif : une scène de vente succède à une scène de trajet en camionnette, puis une scène de fiesta alcoolisée… Le résultat, pseudo-documentaire d’une monotonie tenace, est une véritable épreuve pour le spectateur.

"Toni Erdmann" de Maren Ade

Heureusement, parmi ces films décevants, a surgi une heureuse découverte: un film allemand d’une jeune cinéaste peu connue sur la scène internationale, Maren Ade.

On suit Inès, une jeune femme totalement investie dans son travail de consultante pour une multinationale à Bucarest. Ines est une " workoholic ", à tel point que lorsque son vieux papa fait un voyage-surprise pour fêter son anniversaire, elle le néglige et lui fait sentir qu’il la dérange… Malicieux, le père va se déguiser en un personnage insolite, Toni Erdmann, et multiplier les canulars pour lui pourrir la vie et l’obliger à s’arrêter un peu pour réfléchir sur l’absurdité de sa vie de femme d’affaires aux cadences infernales…

" Toni Erdmann " est un réjouissant OVNI, qui multiplie les surprises, les chausse-trappes et les ruptures de ton. Derrière un humour grinçant, le film dépeint une relation père/fille avec une grande subtilité d’écriture. Maren Ade a réussi le premier vrai choc cinématographique de ce Cannes 2016, et révèle un duo d’acteurs impeccables, Sandra Hüller et Peter Simonischek. Jusqu’ici, le cinéma allemand ne se caractérisait pas par un humour débordant, désormais il faudra compter avec " Toni Erdmann ", qu’on n’est pas prêt d’oublier cette année.