Cannes Jour 11 : La tragédie d'Asghar Farhadi, le drame vénéneux de Paul Verhoeven

Paul Verhoeven et Isabelle Huppert
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Paul Verhoeven et Isabelle Huppert - © ALBERTO PIZZOLI - AFP

LE CLIENT

Asghar Farhadi n’est pas un nouveau venu à Cannes ; en 2013, son drame familial "Le passé " avait permis à l’actrice Bérénice Béjo de décrocher le Prix d’interprétation féminine. Quant à son film précédent, "Une séparation", il lui avait valu l’Ours d’Or à Berlin en 2011.

Visiblement, la sphère familiale fascine Farhadi. Dans son nouveau film, "Le client", un jeune couple se retrouve à aménager dans un appartement précédemment occupé par une prostituée. Alors que la femme est seule chez elle, elle ouvre par inadvertance la porte à un client de l’ancienne locataire, qui la surprend dans son intimité. La femme se sent déshonorée et ne veut pas porter plainte. Lorsque son mari la retrouve, une question l’obsède : que s’est-il vraiment passé ?

Dans son cinéma, Asghar Faradi écrit des tragédies grecques contemporaines, où le poids du destin entraîne ses personnages vers une fatalité inéluctable. "Le client" n’est sans doute pas son film le plus fort, le personnage du mari y est furieusement antipathique, mais ce cinéma d’auteur-là n’a vraiment pas usurpé sa place en compétition.

ELLE

"Elle" est inspiré d’un roman de Philippe Djian, l’auteur de "37°2 le matin". L’héroïne, c’est Michèle, une femme d’affaires très autoritaire, qui est victime d’un viol à son domicile. Or, plutôt que de prévenir la police, Michèle choisit de n’en rien faire, pour tenter elle-même de retrouver l’identité de son agresseur masqué. Le réalisateur Paul Verhoeven a d’abord cherché à tourner ce scénario aux USA, mais son côté vénéneux faisait peur à beaucoup de monde. Alors il est revenu en France, où il a pu compter sur la complicité d’Isabelle Huppert. Celle-ci n’a pas vraiment l’âge du rôle, mais on connaît sa capacité à endosser des rôles terriblement risqués : souvenons-nous de "La Pianiste" de Michael Haneke…

Tout n’est pas réussi dans ce thriller pervers – certains acteurs secondaires comme Anne Consigny ou Charles Berling ne sont pas très convaincants -  mais son climat détonne avec les habituels drames du cinéma français et prouve qu’à bientôt 78 ans, Paul Verhoeven n’a pas perdu la main. Reste à voir si la perversité intellectuelle du film séduira le jury cannois.