Cannes 2016 Jour 9 : Les drames familiaux de Cristian Mungiu et de Xavier Dolan

Cristian Mungiu
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Cristian Mungiu - © VALERY HACHE - AFP

BACCALAUREAT

Pour son nouveau film après "Au-delà des collines" et "4 mois, 3 semaines, 2 jours" (Palme d’Or en 2007), le cinéaste Cristian Mungiu nous entraîne dans une petite ville roumaine aujourd’hui. Romeo, médecin quinquagénaire, a aidé sa fille Eliza à décrocher une bourse dans une grande université anglaise. Reste une seule étape à franchir : Eliza doit passer son baccalauréat. A priori, c’est presque une formalité, tant les cotes de la jeune fille sont toujours excellentes… Mais la veille de l’examen, Eliza se fait violemment agresser en allant à l’école. Choquée, blessée, elle se retrouve le bras dans le plâtre, et voit ses facultés de concentration et d’écriture nettement diminuées. Son père, qui a jusqu’ici été un homme d’une parfaite intégrité, va tenter d’intervenir en sa faveur auprès des examinateurs, moyennant quelques compromissions…

En dressant le portrait de cet homme qui, insidieusement, va perdre pied pour les meilleures raison du monde – offrir un avenir meilleur à sa fille -, Mungiu dépeint en filigrane les désillusions de toute une génération de Roumains qui ont  espéré une reprise en mains de leur pays après la chute de la dictature communiste à la fin des années 80, mais qui n’ont pu qu’observer avec dépit un enlisement dans les corruptions de toutes sortes. Comme toujours chez Mungiu, le propos est intelligent, la mise en scène, composée de longs plans-séquences dans lesquels les acteurs ont le temps de s’installer, est fluide. Mais les enjeux de "Baccalauréat" sont rapidement posés, et le film manque un peu de tension dramatique dans sa deuxième partie. Bref, c’est bien, mais c’est moins fort que ses films précédents.

 

JUSTE LA FIN DU MONDE

Pour son nouveau film, Xavier Dolan, petit prodige autoproclamé du cinéma québecois, revient avec une adaptation d’une pièce de feu Jean-Luc Lagarce. Soit l’histoire de Louis, un jeune écrivain célèbre qui revient dans son village natal après douze ans d’absence pour tenter de dire à sa famille qu’il est malade et qu’il va mourir…

Pour porter à l’écran ce psychodrame familial, Dolan opte pour un dispositif très précis : il ne filme à peu près que des visages en gros plan. Avec le succès de son film précédent "Mommy" (Prix du jury à Cannes), il a pu engager tous les acteurs les plus "tendance" du cinéma français : Gaspard Ulliel, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Marion Cotillard et, dans le rôle de la mère de famille, Nathalie Baye. Chacun y va de son petit numéro plus ou moins hystérique pour tenter de donner chair à des personnages très hâtivement esquissés – et flirtant dangereusement avec tous les poncifs du psychodrame.

Entre deux engueulades, Dolan laisse "respirer" la pièce en réalisant un petit clip musical censé figurer les souvenirs d’enfance de Louis… Le procédé est assez puéril, et on a envie de conseiller à Dolan, plutôt que de se prendre pour l’Ingmar Bergman canadien, de se consacrer exclusivement à la réalisation de clips musicaux pour Indochine et Adèle, c’est encore ce qu’il fait de mieux…