Portrait : Laurel, l'hardi codeur de Dakar

Portrait : Laurel, l'hardi codeur de Dakar
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Portrait : Laurel, l'hardi codeur de Dakar - © Tous droits réservés

Lorsque l’on assiste à un rassemblement de talents aussi fourmillant que le Hackxplor, difficile de déterminer quel jeune aborder. Parfois, les profils les plus surprenants se cachent derrière des visages timides. C’est le cas de Laurel Gbenafa, qui se présente comme codeur au départ mais révèle une palette de capacités pluridisciplinaires.

Ce Sénégalais d’une vingtaine d’années grandit au Tchad, au sein d’une école bilingue français-anglais. Ce petit plus linguistique, allié à une curiosité pour les tréfonds du web, lui assure l’accès à des tutoriels dans la langue de Shakespeare pour parfaire ses connaissances en développement informatique. "Quand on réalise qu’Internet ne se limite pas à Facebook, on trouve d’excellents outils, principalement en anglais. Pas mal de jeunes à Dakar commencent à prendre conscience de cette richesse permettant l’autoformation, mais la barrière de la langue en entrave plus d’un", explique Laurel.

"Depuis l’Afrique, la politique de Google nous empêche de vendre nos créations"

Ainsi, avec son compère Fréderic Gaba, il a déjà conçu et programmé quatre jeux vidéo complets, sortant du lot de leurs dizaines de prototypes. Quand il s’agit de présenter son travail, ses réticences s’effacent : Laurel saisit une tablette et propose à l’assemblée de s’essayer à l’une de leurs œuvres.

L’on découvre "Unscramble it", un jeu de lettres et de logique où il faut retrouver un mot unique à composer avec des jetons alphabétiques disposés dans le désordre. L’interface tactile répond bien. L’application dispose d’un système de score et n’a rien à envier à Angry Birds, par exemple. "Le problème c’est que, depuis l’Afrique, la politique de Google nous empêche de vendre nos créations. On ne peut les livrer que gratuitement ", déplore le jeune codeur.

"Et même si l’on pouvait, cela nécessiterait l’achat d’un compte développeur, 99 dollars par an, sans garantie que notre produit fonctionne ".

Vengeur masqué

Alors, Laurel Gbenafa se concentre sur des concours de développement d’application, comme le "Hackxplor". Il suit des études à la NIIT (Institut Supérieur de formation en informatique du Sénégal), mais les trouve assez rébarbatives et peu formatrices. "C’est bien pour acquérir les bases, mais en pianotant de son côté, les cours deviennent vite désuets et on se rend compte que les professeurs radotent", résume-t-il.

Il se passionne pour la transmission, à travers un jeu simple, de connaissances et d’informations sur la culture. Il atteint cet objectif, par exemple, en développant un jeu de course où l’on pilote un "car rapid", une sorte de bus typique de Dakar, pas cher et conduit par des chauffards. À l’avenir, Laurel adorerait poursuivre cette optique de promotion du folklore via un apprentissage ludique. Ce prototype en trois dimensions, le Sénégalais est modeleur à ses heures, remporte le premier prix du concours.

Il faut une idée efficace, parfois peu intelligente

Certains événements favorisent même la collaboration entre des étudiants provenus de continents différents. En 2013, Laurel a eu la chance de concevoir un jeu aux côtés d’homologues chinois. En découle "The forgotten memory", où le héros revêt des masques tantôt africains, tantôt asiatiques. Selon sa provenance, le déguisement confère telle ou telle aptitude à l’avatar, en lien avec la culture associée. " Une petite visite dans des musées de Beijing nous a inspiré. À l’aide de traducteurs, on a pu mélanger nos idées et en retirer les références à notre folklore que l’on désirait implémenter ", raconte Laurel Gbenafa. S’il reste fier de ces expériences, il a parfois l’impression d’être en retard par rapport aux codeurs européens et s’étonne quand on lui apprend que, ici, personne ne sait qu’un hackathon désigne un concours de développement d’application.

Les sites web auréolés de succès comme viedemerde.fr font rêver ce programmateur de Dakar. Il est capable d’échafauder du langage informatique élaboré, mais " ce ne sont souvent pas les projets les plus recherchés qui reçoivent les lauriers ", soupire-t-il. "Il faut une idée efficace, parfois peu intelligente". En attendant de découvrir le bon filon, Laurel Gbenafa s’en tient à la voie ludique. Mais en restant sérieux. " Les jeux, on les éprouve pour vérifier leur bon fonctionnement. Après, on préfère passer à autre chose plutôt que de s’amuser ".