Le Prix Première est attribué à Alexandre Lenot pour "Ecorces Vives"

Prix Première 2019 : Alexandre Lenot pour "Ecorces vives"
3 images
Prix Première 2019 : Alexandre Lenot pour "Ecorces vives" - © Pierre HAVRENNE - RTBF

C’est l’auteur français Alexandre Lenot qui remporte le Prix Première, pour son premier roman "Ecorces vives" publié chez Actes Sud dans la collection Actes Noirs. Son prix a été choisi par un jury composé de dix auditrices et auditeurs de la Première. 10 romans étaient proposés par un comité de professionnels du livre.

Alexandre Lenot est âgé de 42 ans, il vit à Paris, il écrit pour le cinéma, la radio et la télévision. Son roman nous plonge au cœur du Massif Central, en France. Une région désertée par les jeunes, où les fermiers, renfermés sur eux-mêmes vont être confrontés à un acte qui va réveiller leur méfiance, leur rejet de celui qui n’est pas né dans la région. Un homme a incendié une ferme abandonnée. Qui est cet homme ? Pourquoi ce geste ?  Dans ce roman construit comme un polar, Alexandre Lenot donne la voix à trois personnages en rupture avec la société. Il rend un vibrant hommage à la force de la nature.

Pour lire un extrait de son roman

Interview

Alexandre Lenot : J’avais deux intentions au moment d’écrire ce livre : la première c’était d’écrire l’histoire de personnages qui doivent s’exiler d’une certaine manière. Alors pas loin, pas à l’étranger, pas comme des gens qui sont déplacés par des problèmes climatiques ou quoi que ce soit mais qui doivent se réinventer ailleurs. Et qui doivent découvrir un nouveau pays, un nouvel endroit, s’y trouver un chemin une sorte de vérité. Donc, il y avait clairement cette idée de suivre des personnages en quête d’eux-mêmes. L’autre intention, c’était de faire de l’endroit un personnage à part entière. C’est un endroit qui est mythifié, pas tout à fait réel. On trouve le mot "Cantal" dans la première page, mais après il y a des lieux inventés, des lieux réels désignés par leur vrai nom, des lieux d’ailleurs que j’ai transposés là par la force de mon imagination. Mais en tout cas, j’ai reconstruit un endroit qui est une sorte de composite des milieux naturels que j’ai fréquentés dans ma vie. Et je voulais faire de cette forêt de cette montagne un personnage à part entière. Un endroit qui avale les gens, et qui recrache quelque chose en échange.

Dans votre roman cet endroit est un peu isolé. Les jeunes l’ont quitté. C’est le drame des paysans d’aujourd’hui. Ceux qui restent là s’accrochent à leur terre, résistent. Et quand un étranger arrive, c’est un intrus.

Je m’étais beaucoup documenté sur ces endroits de "la diagonale du vide". Ces milieux ruraux abandonnés. Le contexte du roman a vraiment trouvé sa raison d’être lors de ces recherches. J’avais rencontré des agriculteurs qui me racontaient qu’ils n’avaient plus de bureau de poste, de gare, qu’ils n’avaient plus de stations-service. Leurs enfants devaient faire 45 minutes à une heure de trajet pour arriver à l’école le matin parce que l’école la plus proche avait récemment fermé ses portes. On assistait à la paupérisation des services publiques dans ces zones-là.  Puis j’ai lu des statistiques toujours d’actualité aujourd’hui et que je trouve toujours aussi inconcevables. En France aujourd’hui, il y a un agriculteur qui se suicide tous les deux jours. Je voulais comprendre comment on en était arrivé là, comment on était passé d’un monde paysan à un monde agricole, et aujourd’hui à un monde où les gens ne sont même plus agriculteurs, ils sont exploitants agricoles . Tout ce qui détermine leur vie est décidé très loin de chez eux. Leurs savoirs sont ignorés, considérés d’un autre temps… alors qu’on voit bien qu’il y a une crise majeure dans le monde du vivant et qu’il faudrait peut-être revenir à quelque chose qu’on a perdu.