Droits des femmes : Conversations intimes avec Leïla Slimani

Droits des femmes : Conversations intimes avec Leïla Slimani
Droits des femmes : Conversations intimes avec Leïla Slimani - © JOEL SAGET - AFP

Le 8 mars est la Journée Internationale pour les Droits des Femmes. A la Foire du Livre de Bruxelles, de nombreuses rencontres, lectures et réflexions pour célébrer l’égalité et la lutte nécessaire, notamment une conversation entre Leïla Slimani et la sociologue Sanaa El Aji.

 

Organisées par Le Maroc se Livre et la Foire du Livre se déroulaient les conversations intimes avec Leïla Slimani, l’autrice et journaliste franco-marocaine engagée pour les droits des femmes, Prix Goncourt 2016 pour Chanson Douce. Elle était accompagnée de Sanaa El Aji, sociologue qui a publié la thèse Sexualité et célibat au Maroc. Les deux femmes s’intéressent aux questions sociétales liées à la place de la femme marocaine ou aux origines marocaines.

 

Si c’est un sujet délicat au Maroc, le sexe n’est pas si tabou. Il y a un réel besoin de parler, de délier les langues autour de la sexualité. Sanaa El Aji explique que lorsqu’elle a présenté son livre au Maroc, les salles étaient combles, il en est de même quand Leïla Slimani a sorti Sexe et Mensonges : La Vie sexuelle au Maroc en 2017. Les femmes marocaines ont l’envie de s’exprimer, de mettre des mots sur des expériences, sur des souffrances. Le Maroc connaît une prise de conscience depuis quelques années autour de ces sujets. Bien sûr, cela n’empêche pas la critique et les attaques personnelles.

 

“Mes plus grands adversaires, ce ne sont pas les traditionalistes ou fondamentalistes, ce sont les gens de mon propre milieu, les bourgeois. […] Il y a une injonction à se taire autour de ces sujets et c’est la plus grande violence” s’exprime l’écrivaine.

 

On observe au Maroc et dans le monde arabo-musulmans des mouvements qui émergent, pour les droits des femmes : “Mon corps ma liberté”, #Masaktach – je ne me tairai pas ! ou encore le mouvement “Hors la loi” lancé notamment par Sanaa El Aji et Leïla Slimani. Ce dernier est incarné par des femmes qui se disent en dehors des législations car elles ont eu des relations sexuelles hors mariage, parce qu’elles ont avorté, parce qu’elles sont complices d’un avortement, d’une relation homosexuelle etc. Des voix s’élèvent pour réclamer plus de droits et de libertés. La sociologue explique qu’il n’est plus question de “tolérer” comme dans les années 70 mais bien d’accepter la diversité de la société marocaine. Si les mouvements lancés n’ont pas encore abouti à un changement concret, ils sont la preuve d’un basculement en cours. Pour Leïla Slimani, il faut commencer par enlever la gêne qui fait taire.

 

Aujourd’hui, par leur réussite, des filles et des femmes transforment le regard de la société marocaine sur elles-mêmes. Elles ont des résultats particulièrement glorieux. Dans les facs de médecine par exemple, les femmes occupent 70% des bancs et la direction cherche à mettre en place des quotas pour inverser la tendance. L’inverse n’a jamais été le cas et c’est révoltant.

 

“Les femmes marocaines ont autant de devoirs que les hommes, si ce n’est plus, mais pour autant n’ont pas les mêmes droits. Par exemple quand mon père est mort, je n’ai pas hérité, ce sont les frères de mon père qui ont hérité. C’est infantilisant et humiliant” explique Leïla Slimani.

 

Leïla Slimani termine cette conversation riche et essentielle en rappelant l’importance du combat dans les luttes féministes. “Le 8 mars n’est pas la fête des femmes, ce n’est pas la fête, c’est la guerre”.

 

Retrouvez l’interview de Leïla Slimani par Thierry Bellefroid de Sous Couverture :