Boris Giltburg, Rémi Geniet et Mateusz Borowiak, le trio de tête du Concours 2013

Le 3ème concerto de Rachmaninov a été l’occasion d’une lutte frontale puisqu’il s’est trouvé au programme des trois premiers lauréats. Qu’est-ce qui a dès lors pu faire la différence pour une œuvre qui est souvent le prétexte à bien des débordements, à une dramatisation excessive ou  à des enjolivements qui frisent le maniérisme ? Sous les doigts de Boris Giltburg (Israël), il a bénéficié d’une construction implacable, Giltburg lui donnant toute l’ampleur nécessaire, une frénésie maîtrisée, de l’éloquence sans grandiloquence. Il en a accusé certains traits, en rendant méphistophélique cette œuvre déjà diabolique en soi. Avec de temps à autre une touche d’humour, d’ironie même, assez rare dans ce que l’on n’envisage souvent que sous l’angle des grands élans. Il savait jusqu’où aller trop loin, profondément immergé dans la musique, avec ce je ne sais quoi qui fait penser à Glenn Gould. Son souci de la précision, de l’ajustement par rapport à l’orchestre ont fait mouche. Il s’est juré que ce serait le dernier concours qu’il aborderait. Couronnement de parcours conclurons-nous.

Le Français Rémi Geniet (France), deuxième, s’est illustré par une sonate de Prokofiev d’une palette inouïe, avec des graves abyssales, mais on ne l’attendait sans doute pas si haut classé.

Mateusz Borowiak (Pologne) avait une sonorité brillante, un jeu droit, par moments plus héroïque, par contraste avec l’interprétation de Giltburg. Il accédait à la troisième place, mais on le voyait encore plus haut, de même qu’il recueillait les faveurs du public pour le prix de Musiq3, sensible à son lyrisme, son charisme.