1975, un tiercé gagnant

1975, un tiercé gagnant
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1975, un tiercé gagnant - © BELGAIMAGE

Trois finalistes soviétiques accédèrent au podium cette année-là, lors d’une session dominée comme jamais par l’esprit de compétition, la prouesse. Il s’est dit que même si l’U.R.S.S. était le modèle d’une société sans classe, ces lauréats étaient passés maîtres dans l’art d’épater le bourgeois.

Mikhaïl Faerman est apparu comme un super-virtuose, au jeu impérieux à défaut d’être impérial, aux sonorités rudes, violentes. Sans doute correspond-il au profil d’un Maciste lancé dans les travaux d’Hercule. Il fit passer le concerto de Tchaïkowsky en force, aux antipodes de ce qu’Afanassiev avait réalisé trois ans avant. Stanislas Igolinsky, classé deuxième, a été perçu comme la vraie révélation du concours, un des benjamins de la compétition, beaucoup plus accompli dans le modelé du travail sonore, dans la compréhension de ce qu’il joue. Youri Egorov, troisième, en a échaudé plus d’un avec un Carnaval op. 9 de Schumann tout en contrastes, périlleux comme le vertige induit par une œuvre virevoltante. Egorov est resté une des personnalités les plus attachantes parmi celles trop tôt disparues.

La session de 1975 fut également marquée par une autre disparition, celle de Jacques Stehman qui fut l’initiateur des propos d’entracte en direct sur les antennes du 3ème Programme Radio. L’idée naquit dans l’esprit de Georges Wielemans de dédier un prix en son nom et à sa mémoire, où ce serait le public qui apporterait sa caution (le plus souvent) ou un démenti aux sacro-saintes décisions du jury. Larry Graham (U.S.A.)  fut le premier à récolter les lauriers décernés pas les auditeurs. Deux jeunes musiciennes belges figuraient encore au palmarès : Dominique Cornil, saluée pour sa clarté, sa précision, Evelyne Brancart pour un jeu plus musclé dans Franz Liszt.