Les souvenirs du Concours Reine Elisabeth piano : 1956, Vladimir Ashkenazy

"Portrait d'un jeune fauve en costume de dompteur".

En mai 1956, l’insurrection hongroise n’avait pas encore éclaté à Budapest et une détente s’amorçait entre l’U.R.S.S. et les États-Unis. Staline étant mort, les candidats soviétiques étaient déjà revenus en rangs serrés à la précédente session de violon, comme aux olympiades de la musique. En ces temps-là également, au Concours, on ne parlait pas de "finale" mais bien d’épreuves définitives.

Vladimir Ashkenazy était le benjamin de celles-ci et a fait preuve d’une maturité très précoce, doublée d’un tempérament dionysiaque et d’une capacité d’aller droit au but. Il a donné une des versions les plus rapides du 1er concerto de Liszt jamais entendue. Cependant il n’y paraît guère, si ce n’est à la toute fin enlevée à une vitesse époustouflante, il est vrai. Cette page pleine de grandeur, Ashkenazy  y a aussi donné quelques accents d’espièglerie, avec une vision orchestrale du piano des plus appropriées.

pour réécouter sa prestation sur le site du Concours

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Vladimir Ashkenazy en 1956 © CMIREB

Ce qui demeure, c’est une conception magistrale d’une œuvre magnifiée par le culte du beau piano, où l’interprète transcende la virtuosité. Le critique Paul Tinel notait un mélange de dompteur et de fauve dans la personnalité du grand vainqueur.

pour revoir l'édition 1956 sur le site officiel du Concours

John Browning (U.S.A.) a joué le concerto de Brahms dans un style de perfection glacée et accédait à la deuxième marche. Andrzej Czajkowski (Pologne), l’homonyme de Tchaïkovsky, s’est montré endurant mais encore un peu vert, bien que tout au plaisir de jouer. Les trois lauréats suivants, Cécile Ousset, Lazar Berman et Tamás Vásáry ont connu une carrière aussi fructueuse que s’ils avaient obtenus un classement plus valorisant.