Troubles Topiques : l'emprise des sens dans une expo charnelle à la Tour à Plomb

La vue, le toucher, l’odorat, des formes troubles qui évoquent la chair et les sexualités, le tout exposé dans un gymnase qui sent le déodorant pour masquer la sueur de l’effort… Troubles Topiques est une exposition perturbante à vivre - pieds nus - à la Tour à Plomb, centre de culture et de sport de la Ville de Bruxelles.

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Groupe,2019, de Jean-Charles de Quillacq devant Entrave de cou, 2021, de Rachel Labastie © Xavier Ess - RTBF

Trouble dans les sens

Avant d'entrer dans le gymnase, on vous demande de retirer vos chaussures (si vous en portez, ôtez vos chaussettes, ce sera plus sensuel) et d'emblée on est surpris par une odeur mêlant le gel douche Axe Collision et le liquide lave-glace: une oeuvre de Jean-Charles le Quillacq. Plus loin, les jambes en résine et genouillère du même artiste voisinent avec la gigantesque Entrave de cou en porcelaine de Rachel Labastie. Consentement de souffrance réelle ou fantasmée.

Troubles Topiques réunit 50 oeuvres – sculptures, dessins, installations – de 10 artistes internationaux. Une exploration de nos zones sensibles et fantasmatiques par les formes organiques de nombreuses œuvres, par des matériaux érogènes comme le latex ou doux comme la porcelaine blanche. Le curateur Tristan Trémeau a monté une expo qui perturbe les significations a priori des formes et " évoque aussi l'ambiguïté d'identités et de situations […] potentiellement louches, interlopes, porteuses de sentiments confus, ambigus, voire stimulatrices d'émotions plus ou moins perturbantes et avouables. " Tout un programme.

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Jean-Charles de Quillacq, Shower Gels Washer Fluids, 2019 et Shopping, 2019, en arrière-plan © Xavier Ess - RTBF
Jean-Charles de Quillacq, Shopping, 2019 © Xavier Ess - RTBF
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Mathilde Pirard, Shibari, 2021 © Xavier Ess - RTBF

Bondage, échangisme et vestiaire

La série de sculptures en argile et cordes de lin de Mathilde Pirard est intitulée Shibari, du nom cet l’art ancestral japonais qui consiste à attacher et suspendre des personnes à l'aide d'une corde. Les photos de Nobuyoshi Araki ont fait connaître cette pratique considérée comme un art à part entière au Japon.

Dans sa série Décence de l’ébauche, Joao Vilhena esquisse au moyen de feutres qui nous rappellent l’enfance, des situations de corps emmêlés, vus dans des ateliers de bondage, de chatouilles collectives ou de flagellation. La légèreté du trait, les couleurs acidulées nous troublent face au désordre des corps.  

S’il faut que le corps exulte, point trop n’en faut.  Pour juguler ce trop-plein d’énergie et de pulsions, le sport est un bon remède. Un esprit sain dans un corps sain, on connait la formule. Installée dans un gymnase et jusqu’au vestiaires - l’endroit le plus désexualisé d’une salle de sport – Troubles Topiques nous emmène dans un parcours d’empreintes, de traces et de détournements. Il s’est passé des choses ici, à nous de les imaginer sans entrave.

Un seul regret, celui du "voir mais pas toucher" particulièrement inopérant au vu du thème de l'exposition. 

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Rachel Labastie, Le coeur du corps, 2021 © Xavier Ess - RTBF
dans les vestiaires, une oeuvre de Peter Briggs , Sans titre, 2021 © Xavier Ess - RTBF
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Joao Vilhena, Décence de l'ébauche, 2019 © Xavier Ess - RTBF

En pratique :

Troubles Topiques  jusqu'au 28.08.2021

Centre Tour à Plomb

Rue de l'abattoir 24 - 1000 Bruxelles

Réservation touraplomb.be