The Wolfpack, une vie d'enfermement

Les six frères de Wolfpack ont centré leur enfance sur les films et les reconstitutions.
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Les six frères de Wolfpack ont centré leur enfance sur les films et les reconstitutions. - © Tous droits réservés

Au cœur de Manhattan, six garçons, leur sœur et leurs parents vivent dans un appartement, isolés du monde. La réalité de la fratrie, c’est le cinéma de Tarantino et les films de gangsters qu’ils aiment à rejouer, pour tromper l’ennui.

 

Récompensé par le Grand Prix du Jury au Festival de Sundance de 2015, The Wolfpack conte l’histoire incroyable d’une famille. Celle d’enfants coupés de la société par les murs de leur appartement par la volonté d’un père et d’une mère rejetant le système. Celle d’un enfermement voulu et de l’influence des parents à produire des êtres adaptés ou non à la société.

Faut-il se protéger de la société pour être libre hors du système ? Les enfants peuvent-ils en vouloir à leurs parents qui ont voulu les préserver du monde ? Ce sont les réflexions portées par ce documentaire de Crystal Moselle.

 

"L’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt." Cette pensée rousseauiste est à peu près la philosophie de vie du père (du couple ?). Si aujourd’hui, il regrette d’avoir imposé sa vision des choses à sa famille, c’est bien de liberté dont il rêvait pour eux. Lui qui avait l’esprit d’un hippie a vu son utopie de nature se finir dans un immeuble new-yorkais adossé à une zone industrielle, symbole d’un capitalisme haï.

 

Petit à petit, c’est la peur de la ville des parents les pousse à s’enfermer et enseigner une méfiance constante aux progénitures. L’enfermement c’est à cause des autres, l’enfer c’est les autres.

 

Les affranchis

Sans représentation sociétale, les six garçons (la petite sœur est un peu oubliée dans le documentaire) construisent leur réalité à travers cassettes et DVD dès leur plus jeune âge.

 

On a déjà vu 5000 films.

 

S’ils affirment qu’ils savent faire la différence entre la réalité et l’univers filmique, la mère concède que ça n’a pas forcément été bon pour leur développement. Leur look, leur manière de vivre, ils l’ont tiré des films de gangsters qu'ils affectionnent tant : Rayban wayfarer, pardessus, cravates, chaussures italiennes et lasagnes à tous les repas. Enfermés, la reconstitution de scène a été une activité créative et fédératrice incroyable. 

 

Le rejet du père devenu alcoolique (par désespoir) a poussé les frères à franchir le pas de la porte. Aujourd’hui, ils découvrent le monde petit à petit, affublés de leur attirail de gangster, ils ne passent jamais inaperçus. Un superbe documentaire à découvrir.

Après la diffusion du documentaire en 2015 aux Etats-Unis, les six frères ont gagné une certaine notoriété. La suite de leurs aventures est à voir avec un carnet de bord diffusé sur le site de Vice.